Le 12 juillet, une date qui me rappelle...
Tiens
à l’instant une pub qui apparaît sur l’écran ! Curieusement avant de l’effacer, c’est la date
du 12 juillet qu’elle indique qui me frappe et me replonge soudain un
lundi 12 juillet 1981 ! En réalité,
c’est peut-être cette date anniversaire qui aurait réellement modifié ma façon
de penser ; d’entrevoir l’avenir ; de ce qui est le plus
important. Ma psyché quoi ou l’âme,
c’est à voir.
Nous
ne sommes que deux à la maison, Hélène et moi.
Notre descendance, Laurent 11 ans et sa sœur cadette Barbara qui n’en a
que trois - un cadeau du Bon Dieu pour les trente-huit étés de mon épouse, son
quatrième enfant (les deux premiers, Dominique et Brigitte sont venus d’une
première union avec un certain Roland Hubert...lui dix-neuf, elle à peine
dix-sept ans...Une erreur de jeunesse qui se solda par un divorce à la clé très rapidement, dont je
ne suis pas responsable vu que c’est quelques années plus tard que j’ai
rencontré Hélène) – donc nos mômes communs profitent des premiers jours des
grandes vacances comme il se doit sur
les plages près d’Ostende chez leur grand-mère maternelle. La matriarche occupe à l’année un appartement
sur la digue plus exactement à Mariakerke où fut inhumé James Ensor, ce peintre
belge intriguant et non pas moins célèbre.
Étrange que je cite d’abord nos enfants pour cette anecdote dramatique
où j’ai failli perdre la vie...Peut-être grâce à cette injonction criée à
l’homme en face de moi, l’arme au poing, prêt à tirer une balle dans ma
tête :
« Qu’est-ce que
t’aurais fait à ma place ? »
Voilà
les faits :
Il
est aux environs de neuf heure. Nous
étions rentrés depuis peu du travail, à savoir la bonne gestion de nos
restaurants près de la Grand-Place.
Hélène était montée pour se rafraîchir dans la salle de bain et dans la
chambre pour se mettre à l’aise. Je me
détends dans le salon, portes ouverte sur la terrasse surplombée par un
magnolia encore en fleur, le tout de notre « belvédère » (oui,
paraît-il, en plus modeste et moins volumineux, mais un peu la réplique de
celui dans le domaine royale à Laeken) avec un rayonnant parc d’un hectare
boisé d’arbres nobles et un verger pour
la joie des pies et des merles et pour nous, simples locataires ; – la propriétaire, madame veuve du Docteur
Cliquet ne veut absolument pas nous vendre cette propriété somptueuse, en
général louée à des ambassades, mais coup de chance – nous avions franchi
l’entrée avec la Bentley et ça aide pour notre premier rendez-vous - et nous l’occupons depuis plus de six ans,
sans jamais défaillir au paiement du loyer, relativement important. J’apprendrai
que durant l’Occupation allemande, Léon Degrelle y avait installé son
état-major. Il en restait quelques
traces dans la cave à vin : des
grands crus des années trente. J’ai tenté, avec l’accord de Dame patronnesse,
de goûter, ce que je croyais un nectar divin, l’une ou l’autre bouteille de Bourgogne
...Imbuvables !
Affalé dans le sofa, Je venais d’allumer la
télé pour apercevoir sur le petit écran Anthony Quin, un de mes acteurs
préférés, dans le rôle d’un leader-libérateur de la ville de Rome, occupée
par les nazis en 1944. Hélas, je ne connaîtrai
jamais la fin ! Intrigué par des chuchotements venant du dehors, croyant
qu’il s’agissait d’Arthurio, un Portugais, notre homme à tout faire, qui
logeait dans la conciergerie à quelques dizaines de mètres à l’entrée, me
demandant : « mais avec qui pouvait-il bien parler ? »,
je tombai nez à nez sur trois lascars ; l’un armé d’un fusil, l’autre d’un
revolver et le troisième d’un poignard.
Tout de suite je hurle pour qu’Hélène s’enferme et téléphone à la
police, mais elle ne comprend rien et se demande juste : « Qu’est-ce qu’il a à gueuler ! »
...Le gars au fusil directement se précipite vers l’étage pendant que ses deux
complices essayent de m’immobiliser avec leurs ustensiles
de gangster assez convaincants. Quasi
bloqué sur le sofa, l’un me tient les bras à l’arrière et l’autre tente de me
bâillonner avec un genre de large scotch.
Ne plus pouvoir communiquer, pas question et je me débats. Du coup, pour avoir les mains libres, ce
dernier dépose son arme sur la table du salon, et je me dégage d’un coup pour
lui envoyer un uppercut au menton, voyant en deux mouvements rapide lui
fracasser la tête avec le lourd cendrier posé sur la table basse et l’autre
plus petit, j’en ferai qu’une bouchée, ce n’est pas son couteau qui m’aurait
fait peur. Faut savoir que la force est
découplée face au danger dans des moments pareils. En fait, j’avais saisi le pistolet par le
canon, mais l’idiot l’avait également attrapé par la crosse et dans cette lutte
du pouvoir incertain de moi contre mes deux assaillants, le troisième homme,
que j’avais presque oublié, débarque tenant Hélène par les cheveux et un fusil
dans son dos.
« D’accord
les gars, je m’incline » et je lâche l’arme que je ne tenais de toute
façon pas par le bon bout ! Cependant l’inconscient qui avait reçu
mon coup de poing, se frottant la joue avec un regard meurtrier pointe son
calibre sur ma tête et je sens qu’il va tirer.
C’est alors que je lui crie :
«
Qu’est-ce que t’aurais fait à ma place ? » ...Mais, je vois alors, son
hésitation, les pupilles de ses yeux vers le haut, appelait-il Allah ? Enfin il réfléchit et voilà je suis encore là pour
vous le raconter.
Ils
emporteront les bijoux du coffre et quelques millions, déjà l’argent de ma
Ferrari BB Boxer payée en liquide trois jours auparavant par un ami que je ne
citerai pas, venant d’un milieu anversois où tous se passe en silence et sans
papier. Les assurances, après sept ans de procédure, croyant à un coup monté,
ne nous rembourseront que le cinquième de l’argent et les bijoux. Pourtant les malfrats furent arrêtés. C’est vrai que c’était des amateurs, mais
d’après l’inspecteur de la PJ, ce sont les plus dangereux. Nous sommes d’après cet homme de l’Ordre, des
rescapés vivants. Deux jours après
cette agression, je me suis soudain souvenu que dans les sacs d’argent
provenant des caisses des restaurants, il y a aussi les chèques à l’époque
garantis jusqu’à cinq mille Fr belge par la carte de banque. En quatre-vingt-un le système Bank contacte
n’est pas encore en usage pour les additions.
En général, ces chèques pour
la facilité du service restent au porteur.
Cependant, dans notre système, ayant eu quelques fois des déboires avec
des enveloppes égarées provenant des recettes, nos caissières avaient depuis
quelques temps l’obligation de remplir les bordereaux avec les numéros des
chèques destinés à la banque - ce que ne font quasi jamais les commerçants
ayant ainsi le choix du bénéficiaire. Et
nos apprentis braqueurs, n’en étaient-ils pas sans doute à leur premier pillage et le savaient donc,
sûrs de leur anonymat. L’un d’eux, se
faisant passer pour un commerçant ambulant sur les marchés s’est fait prendre,
on peut dire : la main dans le sac, au guichet d’une banque sur la Grand-Place de Bruges,
Quelques heures auparavant, j’avais communiqué, grâce aux doubles des libellés
destinés aux banques, les références des chèques qu’ils avaient emportés. Le coup provenait de la prison de Saint-Gilles.
Un gars bourré de fric qui roulait en Ferrari !
Dire que je venais de la vendre ! Ils écopèrent l’un de neuf ans, un autre de cinq
et le troisième de deux ans. Cependant, on
n’a jamais récupéré le moindre centime du magot, paraît-il, placé dans une banque
à Budapest.
Pensant à nos enfants, je me suis
juré de ne plus rouler en Ferrari, point final.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire