Le droit d’être utile ?
Comme écrire une chanson tout simplement !
Aussi utile que semer
un champ et cuire du pain…
Mais en ce moment être
utile pour moi consiste à accompagner Nicole, ma belle-sœur, veuve depuis plus
de vingt ans de René, mon frère aîné, aux soins palliatifs et qui s’éteint tout
doucement d’une tumeur au pharynx à un stade trop avancé pour être traitée par
les oncologues. La voir partir, c’est
voir mon frère mourir une seconde fois. Combien de temps ? Deux semaines peut-être ?
Et me vient à
l’esprit cette chanson jamais enregistrée :
La Vie après la mort,
c’est vraiment l’aventure
Quand
Jésus passa là expliquant toute la vie
Mais
que les hommes gourmands n’ont pas bien compris
Ils
le mirent sur la croix inventant une foi
Refoulant
leur instinct pourtant bonne thérapie
Ecoutez
les vivants qui me croyez déjà mort
J’ai
encore dans le corps des milliards d’êtres forts (ADN)
Qui
préparent leur voyage emportant leur trésor
Par
l’insecte ou bien l’eau comme moyen de transport
Refrain :
La Vie après la mort c’est vraiment l’aventure
Ne me mettez pas en boite isolé de la terre
Si vous ne pouvez pas jetez moi à la mer
Surtout ne me brûlez pas c’est peut-être l’enfer
Il y
en a qui s’en vont se cacher des vivants
Au
milieu des déserts ou au fond des océans
Ceux
qui se sont sauvés voyant ces enterrements
Ont
préservés leur corps de ces commerces florissants
En
lisant l’évangile de cet homme sur la croix
Paraît-il
que jamais on ne retrouva son corps
Symbolique
ou non ça conforte ma foi
De
protéger ma chair même après ma mort
Refrain …
Il
est clair que cet air n’est pas très romantique
À
mon corps défendant ça me vient de l’inconscient
Ah
cette plume qui défie les Vivants
Que
les dieux me pardonnent cet esprit trop critique
Qui
voudrait que sa fin soit une longue agonie
Trépasser
en souffrant ou pire encore par ennuie
Finalement
je préfère tomber face aux fusils
Vaut
mieux mourir vivant que vivre mort en sursis
Refrain…
Mais
encore ici-bas bien vivant je peux dire
Que
cette mélodie a pour but de faire rire
N’est-ce
pas ce qu’il y a de mieux pour le bien des mortels
Et
que cette chansonnette devienne une ritournelle
Mais
quand dans l’au-delà débarquera mon âme
Trouverais je la réponse à ces lois qui condamnent
Les
élans les idées survolant les frontières
Des
États languissants qui perturbent la terre
Mais aujourd’hui,
observant comme je peux, la dégradation du Vivant, par la présence humaine sur
la planète, nous sommes exactement pareil à ces cellules cancéreuses qui
refusent de mourir formant des tumeurs qu’on pourrait comparer aux mégapoles
qui n’arrêtent pas de se développer au détriment de ce gigantesque « être
vivant » qu’est la Terre selon Léonard de Vinci. Nous le savons pourtant que l’immortalité et
l’amour sont parfaitement incompatibles. Ou plutôt non, l’amour serait
l’évolution par rapport aux bactéries qui se divisent à l’infini alors que les
cellules amoureuses fusionnent pour céder la place à une nouvelle. Tellement explicite dans le monde des
insectes. Les papillons éphémères en
sont le meilleur exemple. Paradoxale
que serait donc l’anthropocène !
Jacques Attali
dans l’un de ses derniers livres préconisait l’idée que nous devrions tous
mourir vers les soixante ans, ce qui rétablirait l’ordre des choses. Serait-ce
la véritable raison du suicide d’un Roman Gary, cet auteur génial, écologiste
avant l’heure avec « Les Racines du ciel » et « La Vie devant
soi ». Me voilà donc, aux yeux de ma confrérie de vieux sages, par ces
révélations eschatologiques, coupable et condamné à la censure. En criant : « à mort ce
mécréant ! », vous commettrez un acte de foi à la Vie. C’est peut-être ça la raison des guerres,
après tout !
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