vendredi 15 février 2019


Juste pour terminer.  Cette escale, plus longue que prévue, offrit l’occasion à Jean-Lou d’aller plonger pour faire la réserve de poissons.   Il refit surface avec deux langoustes et un mérou, mais complètement sonné, en vociférant de rage contre des crapules qui pêchaient à l’explosif.  Hélas, ce citadin* qui m’imprégnait encore, n’aura pas le loisir de déguster ces mets de luxe!

 *Moins de quarante-huit heures avant, j’étais encore en France, plus exactement à Le Peck (petite commune qui vit naître Jacques Tati, dans les Yvelines, à l’ouest de Paris à côté de Saint-Germain-en-Laye où domine l’ancien château de Louis XIV avant que ce dernier ne transféra sa Cour à Versailles) et déménageais mes affaires du pavillon que j’occupais depuis plus d’un an.
 Le Spirit of Sindbad, après réfection, avait été mis à l’eau le lundi six juin 1988, le jour de mes quarante-six ans, à la Marina Bas-du-Fort de Point-à-Pitre en Guadeloupe.  Tandis que Jean-Lou garderais le bateau, j’étais revenu à Paris pour liquider la faillite de mon restaurant « Le Pacific Fruits &Music », situé dans le quartier de Beaubourg, au 8 rue Brantôme (IVème Ar.) – C’est une autre histoire, j’y reviendrai -    Seulement, depuis trois mois, sans plus la moindre nouvelle de Jean-Lou, je commençais sérieusement à m’inquiéter…surtout que la Guadeloupe avait été ravagée par le cyclone Hugo.  Le cotre aurait-il été détruit avec Jean-Lou et Céline, sa nouvelle compagne ?   Mais il y avait eu ces rumeurs qu’ils étaient partis voguer pour leur lune de miel vers Saint-Martin, et cela me rassura quelque peu au sujet du bateau.  N’empêche que depuis trois mois, c’était le silence.  Le seul lien possible pour Jean-Lou de m’atteindre est le téléphone fixe du bungalow.  À l’instant même où j’allais arracher la prise pour restituer l’appareil à la régie, celui-ci se mit à sonner.  C’était Jean-Lou !  À cours d’argent sans doute.   Il n’eut pas le temps de m’en demander, « J’arrive où es-tu ? »  Le surlendemain, je posais mes pieds sur le tarmac de l’aéroport de Nassau.  Spirit of Sindbad mouillait juste dans le canal, face au Club Med.   Delà nous décideront de mettre le cap vers Miami… et cette première escale à trois miles au Nord…  Et ce chien seul sur cet îlot.  
                                   

En effet, un voilier, battant pavillon allemand, avait jeté l’ancre près du Spirit of Sindbad.  Le couple accepta, avec un air un peu dubitatif, le troc que Jean-Lou proposait : sa précieuse pêche contre quatre cannettes de bière fraîche, une boite de saucisses de Francfort et un peu de moutarde. Effaré, que pouvais-je dire, c’était sa pêche ? La joie pour le Suisse qui déglutit ces merguez teutonnes qu’il enrobait de moutarde, me faisait penser à Marcel Proust et cette madeleine trempée dans sa tasse de thé qui lui rappelait ce moment de délectation dans sa jeunesse.  
Oui, comme énoncé dans la chanson « Le Curé de campagne », ce petit village de Corroy-le-Grand avait repris vie, après les deux vagues de désertion de ses jeunes habitants actifs.   La première remontait à la fin du 19ième Siècle, quand, le cœur léger, ils s’exilaient vers les Amériques ; l’autre après la Deuxième Guerre Mondiale et l’essor de l’urbanisation des grandes villes.  Il faut aussi tenir compte des disparus, victimes des deux grands conflits meurtriers qui ont ébranlé l’Europe. Et, à retrouver les nombreuses douilles de cartouches qui jonchaient les bois tout autour en 1948-1950, nous les enfants, pouvions imaginer ces combats guerriers.   Cette bourgade pittoresque aura vite suscité l’engouement des nouveaux résidents que provoqua l’édification fin des années soixante de la cité universitaire de Louvain-la-Neuve à proximité, créée pour des raisons linguistiques, où les cours pouvaient se donner en français, contrairement à Louvain- « l’ancienne », culturellement flamande convaincue.
 La modeste petite école primaire, autrefois composée d’une classe pour les filles et une pour les garçons, et chacune disposant de sa cour de récréation.  Je fus l’un de ses écoliers, assis   dans la rangée des bancs de première et deuxième année.    Actuellement, encadrée par une équipe de jeunes enseignantes enthousiastes, cette petite école s’était complètement dynamisée, agrandie à l’arrière avec de nombreuses classes, une grande cour de détente commune aux filles et garçons pour accueillir quelques centaines d’enfants de trois à douze ans.  Par un bel après-midi de printemps, avec la guitare, j’étais venu présenter cette chanson « Le curé de village » au moment de la récréation.  Hélas, ni les gosses, ni les adultes ne pouvaient vraiment comprendre ma démarche : rappeler l’histoire de ce village, de sa petite école et de son curé de campagne des années cinquante!

Fallait-il revenir méditer ici, sur ce chemin de campagne, après quatre décennies pour que me vienne cette illumination, cet état de conscience transcendant pour trouver une réponse …vouloir comprendre pourquoi tout ce mal que provoquent les hommes ?

Soudain,  hallucinerais-je?,  je vis de la poussière d'or  enrober Frank,  mon berger allemand qui me précédait, et  cette réponse qui me tomba de Dieu sait où: 


" L'ennemi c'est ma puissance, l'amitié ma récompense!" 

(Sur une musique de Jean-Marie Dorval) :

Exode africa


Le Mal et le Bien
Héros et terroristes 


Un clic pour écouter cette chanson

..

Sur une Musique de Jean-Marie Dorval qui m'inspira ces mots en 1999:


Le Mal ou le Bien 

C’est une vieille histoire
Le Mal ou le Bien
Fin d'un millénaire
Et toujours ce refrain

Des hommes sur des routes
Qui ne mènent à rien
Parce qu’ils ont des doutes
Est-ce mal ou bien

Combien de ruptures
Complices du Malin
Croyant être pures
Ont fait pire que bien

Est-ce bien ou mal
Question de maintien
Ou réponse fatale
Qui fait mal aux seins

Là-bas pas très loin
Ils quittent leurs biens
Envahis de haine
Alourdit leur peine

Que répondre à ça
Plus en plus de soldats
Défilent dans ce bal
Font-ils bien ou mal

Armée qui fait mal
Armée qui fait bien
On choisit son camp
Ou on fait semblant

Est-ce plus mal encore
Question de faire bien
Toute façon les morts
Ne nous diront rien

jeudi 14 février 2019


-      Ola Jojo !  Tout cela devient hard.  D’abord ton titre « J’avais tout faux » où tu parles de ton épouse qui aurait trois ans à vivre…que fou de douleur, comme un limier tu te lances à la recherche pour trouver les causes de sa maladie…On peut comprendre que tu fasses un bond depuis ta naissance pour un peu te décrire : les bombardements à Bruxelles pendant l’occupation allemande,  le voyage en train vers le Portugal,  avec les croquis dessinés par ton père, de l’implantation de cette usine réquisitionnée par la Luftwaffe dans tes couches culottes… le  retour après la guerre de ta mère avec toi et ton frère et ce mauvais passage à Nivelles …les mômes qui sautent du vicinal à vapeur à Corroy-le-Grand pour se précipiter à la ferme de  la marraine Esther…et puis il y a l’Harley et maintenant cette île des Caraïbes avec un chien « Robinson Crusoé »… 

-      Voilà, nous y sommes !  C’est peut-être ici que le titre « J’avais tout faux » pourrait prendre sa source…que j’aurais dû me rendre compte de l’une de mes premières erreurs :  cette faiblesse de ne pas croire en mes propres capacités sur mon propre bateau dont un autre, véritable mythomane, profitera.    Déjà par le nom « Spirit of Sindbad », nom que Jean-Louis Buclain, baroudeur des mers, me proposa et que je n’avais pas réfléchi aux conséquences.  Nous y reviendrons …Juste ce petit passage sur cet ilot à quelques miles de Nassau dans les Caraïbes et ensuite je reviendrai sur ma piste : à la recherche des causes de la maladie. 

  



 René et moi, nos vacances d’été à la fermette de marraine Esther…
« - Vous voyagez avec des femmes !...

Et en cette fin des années quarante sur le petit quai de Corroy-le-Grand, des moments de bonheur qui se renouvelleront chaque été, aux grandes vacances jusqu’à notre adolescence.   
  La voie ferrée du tram vert, venant de Chaumont-Gistoux, tirée par la petite locomotive à vapeur (plus tard l’autorail jaune diesel), longeait le ruisseau, baptisé « le Train » qui coulait à moins de 20 mètres du porche de la fermette.  Nous sautions avant l’arrêt pour nous précipiter dans les bras rugueux de marraine Esther, septuagénaire, l’aînée d’une fratrie de douze enfants dont Georges, notre grand-père (que nous n’avions pas connu), en était le cadet.  On s’empressera de découvrir la basse-cour, les poules, les agneaux gambadant, les petits cochons à peine nés et les vaches paisibles occupées à ruminer.

 Vers mes vingt ans, ayant acquis une Harley Davidson (elles se vendaient pour rien à l’époque, venant des stocks de la gendarmerie qui les remplaçait régulièrement), accompagné de Lydia, ma fiancée, nous sommes descendus à Corroy-le-Grand.

   Les deux grands-tantes, Esther et Élise, devenues veuves, vivaient ensemble.  Hélas !  Alzheimer pour Esther qui fit visiter gentiment le potager à ma compagne.  Par contre la tante Élise, je ne l’avais pas encore dit, avait gardé son mauvais caractère.
« - Vous voyagez avec des femmes !, s’exclama-t-elle, comme seul bonjour.  C’est vrai qu’elle pouvait m’en vouloir.  Au moins cinq ans sans ne plus aller la voir, l’ingrat que j’étais, malgré tout l’amour qu’elle nous prodigua à René et moi quand nous étions des mômes.

  Mauvais caractère,  depuis sans doute que feu son mari, notre oncle Richard Dorval, qui nous adorait ;  qui nous offrait des jouets, fabriqués de ses mains ;  qui nous portait sur ses épaules jusqu’à la Grande foire du Midi,  ou, nous emmenait en tram,  jusqu’à l’Hippodrome de Boitsfort -  gérant de l’agence Rossel ( comptoir pour les  paris sportifs, football et  courses hippiques),   rue Théodore Verhaegen à Saint-Gilles –  cet homme que nous aimions tant, suite à une aventure extraconjugale ! Qu’est-ce qui peut passer dans la tête d’un homme pour tromper une femme pourtant si belle?     Tout en continuant à vivre ensemble sous le même toit, nous souffrions de cette ambiance glacée, sans la moindre conversation, sauf parfois quelques mots haineux.  J’avais quinze ans, en interne au Collège Sainte Gertrude à Nivelles, occupé à chanter sur la scène dans le réfectoire, transformé en salle de fêtes, devant les frères-abbés- professeurs et les élèves réunis :

« Quoi de plus doux de plus tendre que le cœur d’une maman 
/ Qui donc sait mieux nous comprendre, consoler tous nos tourments »,

lorsqu’apparurent ma mère et mon père pour annoncer le décès d’oncle Richard.    Âgé de soixante-trois ans, ce sosie de Sacha Guitry, disparu depuis quelques jours, fut retrouvé à la morgue de l’hôpital Molière.  Sa maîtresse l’y avait conduit mourant.   Qu’est-ce que j’ai pleuré alors !  Peut-être un peu pour ce gentil oncle et parrain de Claudine, la petite sœur, mais surtout suite à l’émotion de cette maman qui entrait à l’improviste pendant mon interprétation de cette chanson.

Un chien seul sur une île déserte !

 C’est vrai, qu’on peut être ingrats, nous les enfants. Combien d’années étaient passées sans que j’aille voir cette vieille tante avec un petit bouquet à la main !

  Non, fier comme un gendarme se pavanant sur sa moto rutilante et en plus avec cette créature trop maquillée au goût de l’octogénaire, j’arrivais à l’improviste!   Je dois préciser qu’on n’usait pas du « Tu » chez les Fronville.  Trente ans plus tard, il m’arrivera de balader mon chien dans ces lieux où s’étendaient les champs de blé à perte de vue, qu’au loin des rangées de peupliers semblaient vouloir délimiter.  Gentils souvenirs aussi, ces dimanches après-midis après les vêpres où Monsieur le Curé, comme le disait avec respect les villageois d’alors, conduisait les enfants sages du village, en remontant d’abord la vieille chaussée romaine jusqu’aux chemins de terre des environs, pour nous plonger avec délice dans cette immense mer de blés d’or vibrante sous le vent. Près des meules de foin nous jouions à cache-cache en taquinant Bobette, la seule fillette qui avait eu l’audace de nous accompagner.  Du curé de campagne, je composerai au début des années quatre-vingt-dix une chanson sur une petite île déserte des Caraïbes ; et une autre juste après : « le Paumé ».   Car il fallait l’être pour imaginer une telle complainte, sur une plage où j’avais décidé de passer la journée pour récupérer un chien abandonné.

-      Ola Jojo !  Tout cela devient hard.  D’abord ton titre « J’avais tout faux » où tu parles de ton épouse qui aurait trois ans à vivre…que fou de douleur, comme un limier tu te lances à la recherche pour trouver les causes de sa maladie…On peut comprendre que tu fasses un bond depuis ta naissance pour un peu te décrire : les bombardements à Bruxelles pendant l’occupation allemande,  le voyage en train vers le Portugal,  avec les croquis dessinés par ton père, de l’implantation de cette usine réquisitionnée par la Luftwaffe dans tes couches culottes… le  retour après la guerre de ta mère avec toi et ton frère et ce mauvais passage à Nivelles …les mômes qui sautent du vicinal à vapeur à Corroy-le-Grand pour se précipiter à la ferme de  la marraine Esther…et puis il y a l’Harley et maintenant cette île des Caraïbes avec un chien « Robinson Crusoé »… 


-      Voilà, nous y sommes !  C’est peut-être ici que le titre « J’avais tout faux » pourrait prendre sa source…que j’aurais dû me rendre compte de l’une de mes premières erreurs :  cette faiblesse de ne pas croire en mes propres capacités sur mon propre bateau dont un autre, véritable mythomane, profitera.    Déjà par le nom « Spirit of Sindbad », nom que Jean-Louis Buclain, baroudeur des mers, me proposa et que je n’avais pas réfléchi aux conséquences.  Nous y reviendrons …Juste ce petit passage sur cet ilot à quelques miles de Nassau dans les Caraïbes et ensuite je reviendrai sur ma piste : à la recherche des causes de la maladie.  




  En effet, à bord du Spirit of Sindbad au mouillage la veille, à l’abri du vent pour passer la nuit, en scrutant la mangrove aux jumelles, mon regard fut attiré par une petite croix plantée dans le sable.   Ma curiosité évidemment m’y conduira voir pourquoi.  Sur ce symbole était planté un petit écriteau, demandant de donner à boire et à manger au « lonely dog ».   Effectivement, on pouvait apercevoir tout autour des traces de pattes de chien.  Le lendemain matin, je demanderai à Jean-Loup, le marin, de me laisser sur l’île.   Pas question de lever l’ancre sans avoir essayé d’attraper cet animal.  Avait-il survécu à un naufrage ou simplement sauté par-dessus bord d’un bateau ?  En tous cas, quelqu’un de bien intentionné avait mis cette pancarte. Mais pourquoi n’avait-il pas ramené le chien ?  Je le comprendrai plus tard.  À moi de jouer pour la suite, sans pouvoir compter sur l’aide du skipper qui détestait les clebs domestiques devenus totalement dépendants des hommes, « - Alors qu’il y a tant d’enfants qui meurent de faim », disait-il.
 Pour passer le temps, peut-être toute la journée à guetter le quadrupède, la guitare serait une bonne compagne.  En quelques accords, à l’ombre de la mangrove, sur cette plage des Caraïbes, cette chanson est née.
(Hélas, impossible de récupérer le chien !  Revenu au bateau à la nage, laissant la guitare sur la plage, je viendrai plus tard la chercher avec le Zodiac.  Aux jumelles, du bateau, j’ai pu apercevoir le chien venu renifler et lever la patte sur l’instrument à cordes.  C’était un Dalmatien - mâle, vous l’aurez deviné ! -  qui ne voulait plus approcher les humains ou le bateau, et / ou, plus sûrement, cette association des deux.) 

Le  Curé du village





J’ai beau avoir passé l’âge    Je me souviendrai toujours
Du bon curé de village     qui nous sortait du bourg
C’était après les vêpres le dimanche bien sage

Sérieux tout en prière, on aurait dit des anges
Pourtant un peu gaillards   quand il était en retard
On se partageait l’hostie   derrière la sacristie
C’était le corps du Bon Dieu   qui avait-il de mieux ?

Le bon curé de campagne   nous emmenait au loin
Jusqu’au pied de la montagne   le plus petit par la main
Il parlait du Bon Dieu de Jésus, de Marie
Perplexes mais bien curieux   de celle qui fut bénie
Car nous un peu canailles    on se cachait dans la paille
On taquinait les filles    avec des brins d’orties
Nous étions des enfants    encore bien innocents

En bicyclette parfois    derrière le pèlerin
Pédalant à tout va    à travers les chemins
Quand on voyait une croix    exprimant notre foi
On se mettait genoux à terre   on récitait le Pater
Mais nous les polissons    qui parlions au Bon Dieu
On dégonflait les pneus    de l’homme de religion
Et puis en confession    c’était la punition

Bien des années plus tard    je suis retourné voir
Toujours les mêmes vieux    mais un peu moins de Bon Dieu
Les enfants sont partis    sans le moindre sursis
Vers les banques, les usines…    Ils sont partis à la ville
L’école abandonnée   l’église dépenaillée
C’était la décision    des agglomérations
Toutes les portes fermées    je dérangeais l’émission

Et puis encore plus tard    je passai par hasard
Dans le petit village    et quel heureux présage
Comme le cycle des saisons    les petites habitations
Hébergèrent de nouveau    de tout- petits poupons
Des enfants dans les cours    on ressentait l’amour
Je crois que le Bon Dieu    est revenu un peu
Il ne manque que le curé    pour les emmener au blé

Il y a encore au monde    beaucoup de petits villages
Où des petits vieux attendent    fidèles à cette image
Du bon curé de campagne    nous emmenant au loin
Jusqu’au pied de la montagne    le plus petit par la main.
Le plus petit par la main.


mercredi 13 février 2019


Ici commence mon histoire…

D’abord, pourquoi cette appellation « J’avais tout faux » ? Curieux, inattendu, voire insolite…Certainement pas ce qui convient le mieux pour intéresser un éventuel éditeur …Qui aurait envie de lire un auteur annonçant son échec ?
 Or à ce jour de fin de vie - et cette fois j’énonce une certitude par ces trois mots « fin de vie » que l’on peut comprendre dans les  deux sens, soit d’une manière générale : la planète avec sa diversité d’êtres vivants,  dont nous  les simples mortels,  capables d’envoyer Juno photographier Jupiter à 500 millions de kilomètres (ce  qui prouve et m’émerveille de la puissance du cerveau humain) et celle,  à titre individuel,   de mes pensées illusoires par ce « moi je » en prime;  bref la fin de mon « être ,  avec cette faiblesse de croire que cela puisse intéresser l’autrui - .  

 Pour l’instant, voyons ce qui est à puiser de toute cette accumulation d’erreurs qui m’ont finalement suggéré ce titre.

Petite rétrospective !

Né en plein bombardements à Bruxelles, le 6 juin 42 ; ma mère m'avait dit qu’à chaque alerte elle se blottissait sous le lit,  nous  serrant,  avec  René mon frère aîné de 18 mois, dans ses bras, nous protégeant sous le lit  : « - s’il y a une bombe, on mourra tous ensemble ! »

 …On ne séjournera pas longtemps dans la capitale, continuellement en état d’alerte suite aux incessants raids aériens des Alliés sous l’Occupation.  J’avais six mois lorsque notre père issu d’un pays neutre, le Portugal, nous embarqua dans le dernier train partant de Bruxelles via   Lisbonne, début 1943.

 Pas si neutre que ça le petit Portugais (1m62), dessinateur, fraîchement sorti de l’Institut de Polytechnique de Solboche!

 Près de Vilvorde, l’usine d’Haarlem fabrique des moteurs d’avion pour le compte de l’armée allemande.  Il eut l’idée de dessiner l’implantation exacte de ces ateliers réquisitionnés par la Luftwaffe.  Ces croquis détaillés furent cachés dans mes couches culottes pendant le voyage en train pour être remis à des agents secrets de l’Intelligence Service à Lisbonne.

Une autre inquiétude de mes parents, c’est qu’une certaine  Georgette Fronville, (le nom de ma mère), une jeune femme juive voyagea dans ce même train quelques jours auparavant.  Enfin les différents contrôles du duplicata, avec un nourrisson qui braille – c’était ma mission -, ça aide.  Même pour les nazis, les hurlements d’un bébé, peuvent être insupportable !     
 Plus tard, on viendra féliciter l’opportun espion.   Grâce à lui, l’usine fut détruite sans dégât aux alentours ... Ce qui ajoutera du bonheur au jeune papa qui retrouvait sa patrie, quittée à l’âge de neuf ans.

   -    Don Alfredo César Salles, notre grand-père, notable de Santarem, ruiné suite à un incendie qui ravagea ses terres, fut engagé en 1929 par la société Macadam en tant que contremaître pour participer à la construction des routes du littoral en Belgique. Il emmena évidemment sa famille et quelques-uns de ses fidèles ouvriers.  Suite à un AVC, il mourut dans un hospice à Bruxelles en 1939, à l’âge de soixante-trois ans. 

Au début des années quatre-vingts, J’avais un jour griffonné un petit texte en voyant les querelles politiques entre les Flamands et les Wallons qui se disputaient Bruxelles :
« Pendant que des Flamands creusaient les mines wallonnes, que des Wallons fouillaient le sol du Congo, mon grand-père portugais traçait des routes en Flandre.  En tant que Bruxellois, ne me demandez pas de choisir entre la Flandre et la Wallonie, comme un enfant qui devrait le faire entre son père et sa mère. Parfois je tourne les yeux vers le Sud, vers ce Portugal dont je ne parle même plus la langue ».

   De ces presque quatre années passées à Lisbonne, trop petit, il me reste que très peu de souvenirs.  Maman travailla à la banque alimentaire du Consulat belge, pour expédier des colis vers la Belgique ; Papa assuma la comptabilité et le secrétariat d’un certain Dr. Keusler, propriétaire d’une usine fabriquant des châssis et portes ; il gagna également le premier prix national pour un dessin publicitaire vantant les qualités des citrons… Cela ressemblait étrangement à une planche à voile.  Et encore, que nos parents s’étaient séparés…  Qu’après la guerre, notre mère et nous, ses enfants de 4 et 6 ans, reviendront en Belgique sans le père qui nous rejoindra néanmoins en 1947.
Tant bien que mal, René et moi avions essayé de consoler cette maman, très souvent en pleurs, dans cette maison en face de la gare de l’Est à Nivelles, hébergés depuis près de deux ans chez notre grand-mère maternelle où nous n’étions pas tellement bien accueillis.  Mon frère et moi n’avions pu connaître grand-père Georges, mort à trente-six ans, alors que sa fille n’avait que douze ans.  Notre aïeul, trompettiste à ses heures, diabétique devenu aveugle, avant de mourir ne verra pas les larmes de la jeune virtuose au piano.

  La bonne-maman, après un veuvage de trois ans, s’était remariée avec un certain Lucien, divorcé à la suite d’une triste histoire d’inceste, ayant surpris son ex-épouse avec son propre père.   Ce qui avait dû donner des idées à cet homme perturbé, car notre maman aussi, à l’âge de quinze ans, - sans jamais le dévoiler à sa mère -  s’était enfuie chez tante Élise à Bruxelles pour échapper aux avances de ce beau-père.  Bénie cette tante Élise qui lui permit ainsi de finir ses études de secrétaire, sténodactylo!  
 -Une Fronville ne devient pas une servante, lui avait-elle dit en l’accueillant !

 Par contre sa propre mère l’avait reléguée à ce statut et nurse de ses demi-sœur et frère, Lucienne et Hubert, à peine un peu plus âgés que nous.    Ce dernier visait nos fesses, avec sa carabine à plombs.   Heureusement Papa viendra nous délivrer de cette ambiance malsaine, et nous partirons à Ixelles, avenue des Saisons, juste en face de l’hôpital où naquit Claudine, notre petite sœur, le 4 octobre 1947 !

-        

(à suivre)

lundi 11 février 2019


J’avais tout faux
Automne 1985 à Bruxelles

Un coup de massue sur la tête ne m’aurait pas plus assommé que l’annonce d’Hélène me donnant en larmes son bulletin clinique, suite à sa visite au cabinet du Dr H., oncologue de l’Institut Bordet. «  - Trois ans à vivre …  Enfin, précisa-t-elle, - à moins d’éliminer la cause… »!   
 Dès cet instant, mon univers s’écroula!  À quoi cela me servira encore d’être à la tête d’une chaîne de restaurants si je perdais ce qui m’était le plus cher ?
Et nos enfants ?   La cadette, Barbara n’a pas encore 9 ans !
Fou de douleur où, seule, se figea dans mon esprit cette maxime d’Hippocrate, âgée de deux mille cinq-cents ans, rappelée systématiquement en première année universitaire aux futurs médecins, je me lançai donc, tel un véritable limier, sur cette piste :  chercher la cause… Me plonger, tête baissée, dans tout ce qui avait trait à la santé.   
Bigre, après plus de deux ans d’investigation, ce qui m’apparut clairement, tout néophyte que j’étais au départ, pour moi l’ennemi public number 1, tourmentant notre santé, est notre façon de nous nourrir.
 Ici commence mon histoire…mais je continuerai à l’écrire si au moins une personne daignera me demander la suite.

À ce lecteur

samedi 2 février 2019

You, gosses, la vie


Un peu de Soleil sur la Toile !
Je vous salue Joan,  pleine de grâces...

Oui, cela fait du bien que de revoir une des grandes icones,
Reine du Folk : Joan Baez....



Tard dans la soirée pourtant, hier vendredi 1 février 2019…que notre regretté Claude François aurait soufflé ses quatre-vingts bougies, merci Arte de nous avoir donné ces images d’archives, ces interviews à propos des six décennies de la carrière de Joan Baez, et le film en entier de son concert à l’Olympia en juin dernier.   Quelle présence !  Son allure me rappelle un mélange d’Hugues Auffray et Barbara. Prestance de l’un, l’amour de l’autre face au tout Paris dans la salle comble!  Merci à cette caméra qui suivait le moindre de ses mouvements. Quelle leçon de contempler l’agilité de ses doigts pour faire vibrer sa guitare !   Du moins pour moi,   son cadet;  j’avoue avoir renoncé à reprendre la mienne sous prétexte d’arthrose ;   évidemment, je n’avais pas son talent et sa notoriété qui m’aurait certainement encouragé à continuer et entretenir la souplesse de mes mains… qui sait ?   On aurait presque pu se rencontrer à Sarajevo en mille neuf cent quatre-vingt-douze.  Elle qui, depuis la guerre du Vietnam, chante la paix et moi, qui venait d’écrire « You, Gosses, la Vie ».   
Un clic pour écouter la chanson
Arrangements :  Alan Booth
Duo avec,  pour la partie en anglais, Joëlle Neef

 Il était Albanais et avait fui le conflit refusant de prendre les armes !
Je lui avais demandé de la traduire en yougoslave et il m'a répondu : Dans quelle langue, il y en a ...* .Finalement, j'ai opté :  Anglais Français pour vous le dire : " La vie, la vie, the life..."

*Oui,  dans l'Ex-Yougoslavie,  il y a six ou sept  langues (ou dialectes)  parlées;   de l'albanais au croate en passant par le macédonien...etc.  Bref la langue yougoslave n'existe pas!

mardi 29 janvier 2019


 Tu ne peux gagner ta vie au détriment de celle des autres !

 Comment espérer un revirement total du comportement de cette majorité d’humains, ces masses perturbées par ce mauvais carburant qu’est la malbouffe dont ils ne peuvent  s’en passer ?

La Vie devant soi…ce pari

Conversion d’un industriel de la bouffe.

Oui chers amis Sapiens, ce revirement total j’y fus contraint.    Ce qui amorça ce changement de ma psyché fut le rapport d’analyse du Dr H. oncologue de Bordet pour ma femme.   Il pronostiqua une septicémie annonciatrice d’une leucémie en veilleuse dans les trois prochaines années…et ce fidèle disciple d’Hippocrate précisa tout de même : « - à moins d’éliminer les causes ».   Les causes, les causes !   Fou de douleur à l’idée de perdre ma compagne et que nos jeunes enfants soient privés de leur mère à brève échéance, je me suis plongé avec la naïveté des incultes sur tout ce qui avait trait à la santé.  Après plus d’une année de recherche, en m’isolant complètement de mes affaires, l’évidence me sauta aux yeux.   Je dénicherai l’un de ces fameux perturbateurs de vie. Oui, le premier grand coupable, sous des artifices très attrayants, car le Diable a toujours bien caché son jeu : c’est notre délicieuse cuisine, la base même de notre culture, de nos mœurs. 

Mon âme, mes pensées, mes réflexions, tout cela se chamboula dans ma petite tête de bourgeois consommateur, au point d’inquiéter mes partenaires d’entreprises de restos traditionnels qui tournaient à plein rendement.  En effet, je leur fis part de vouloir métamorphoser l’un ou l’autre de nos ateliers culinaires pour produire uniquement des plats végétariens et sans cuisson si possible.  Inquiétude d’autant plus grande qui gagna tous les salariés également. Pour eux je devenais fou, moi leur P. DG, animateur et créateur, me voilà brusquement à leurs yeux comme un imprécateur !   Et je démissionnai.  Pour moi c’était claire. À ce dilemme de gagner ma vie au détriment de celle des autres, il fallait prendre une décision.   Ma réponse : écrire des chansons.   Voilà comment un restaurateur devient chanteur.

 « L’Essénienne »

Oui, pour ce début d'année 2019, un esprit neuf.  Puisse-t-il atteindre le plus grand nombre ?      Parfois je l'intitule: "Au nom du Tout".
  




Une voie, un chemin très ancien…oublié… Comme vivait cette tribu juive au temps de Jésus.
Ont-ils survécus ?  Oui, par l’oubli de leur propre identité.
Hommage à la non affirmation d’appartenir à un clan, vecteur de conflits depuis la nuit des temps.  En bref, sortir du nationalisme...dans un premier temps:  être Européens...ensuite, peut-être Terriens...si notre Planète tiendra le coup évidemment!  



Écoutez les amis un instant
J’ai trouvé le chemin éternel
Que nous soyons de simples mortels
Dans l’ensemble nous restons vivants

Je vous parle au nom du Tout Puissant
L’Homme ne peut agir en mesure
Qu’en chassant cet enfer du dedans
Pour « bien faire »,  il doit être pur

Que du fond de l’abîme où nous sommes
On puisse encore y trouver des hommes
Est la preuve de l’amour infini
De Celui qu’on appelle ainsi

J’ai le remède pour vivre longtemps
Suffit d’être dans le mouvement
Manger du frais et du vivant
Vous garderez toutes vos dents

Ce qui permet d’être souriant
Dilate le nez évidemment
Il faut que l’air entre en dedans
Et nous aurons l’air bien portant

J’évite de cuire mes aliments
Avant de les prendre je les sens
Je recherche les vrais artisans
Le moins possible le toutvenant

Le lait de vache je le laisse aux veaux
Le sein de maman pour les poupons
Quant à l’alcool et le tabac
Faut être fol pour aimer ça

Méditation sans référence
Oublie l’ennemi c’est ta puissance
Esprit tranquille bien au repos
Permet d’agir sans confusion

Vibre dans le vent comme les saisons
Le vrai bonheur est au présent
Se manifeste alors l’Originel
De ton instinct qui te réveille

Et tu seras bien dans ta peau
Pourra aimer tout comme il faut
Quant à la terre pour les suivants
Vaut mieux mourir sainement
Publié par georges à 19:27 https://resources.blogblog.com/img/icon18_edit_allbkg.gif