lundi 5 avril 2021

 

Covid-19...serais-tu là ?

Depuis deux ou trois jours de fortes migraines, des frissons, des courbatures

Un Lundi de Pâques différent des précédents où je rêvais que d’aventures.

Encore ce souvenir, il y a soixante ans, ma désertion des cours à l’Athénée

Un prof de flamand, monsieur Quick, suite à une concertation entre collègues,

 M’annonçât, avant ces vacances du deuxième trimestre : « - Pour vous Froès,

Je ne mettrais pas ma main au feu ! » Et je n’y suis plus jamais retourné.

C’étaient des encouragements que j’avais pourtant besoin

Tout a basculé.  Savait-il ce bien-pensant par quoi je passais alors ?

Mes parents viennent d’ouvrir un restaurant.  Mon frère aîné, René,

Travaille avec eux, pourtant doué pour les langues :  changera de destin

Plutôt qu’interprète, deviendra cuisinier. Moi aussi je virai de bord 

Dès cette pernicieuse annonce.  Avec du recul, je pense encore

À cet enseignant ; avait-il pour mission de décourager certains jeunes ?

En tout cas pour moi il avait réussi.  Ce fut la goutte d’eau pour mon désarroi.

Pendant que père et mère se disputent* dans leur nouvelle entreprise

Qui marche à succès, on en oublie la petite famille et ses enfants.

Comme un restaurant, c’est ouvert le soir, il faudra bien que l’un de nous,

Plus disponible, s’occupe des petits : Claudine, dix ans, les jumeaux, huit

Et Polo le cadet, sept ans.  Rien n’est encore bien organisé.

Mes camarades de classe se demandaient pourquoi je courais toujours

À la fin des cours.  Ce qu’ils ignoraient, c’est que je devais récupérer mes frères

À la garderie de l’école de Boondael à Watermael-Boitsfort, à cinq kilomètres

De la Porte-de- Namur où se mure tout près l’Athénée d’Ixelles.

Au pas de course j’y arrivais plus vite que d’attendre le bus nonante-six.

Et les petits, il fallait les nourrir, vérifier leurs devoirs, les mettre au lit.

Alors je pouvais me pencher sur mes cours à la lueur d’une bougie.

(Pour ouvrir le resto, il avait fallu se serrer la ceinture et oublier de payer

La facture d’électricité) . Enfin je ne serais pas le premier à lire ou écrire !

  Pascal, Copernic ou Newton   n’avaient pas attendu Thomas Edison

Pour nous apporter leurs déductions et Savoir, ce que nous étudions justement

Dans cette classe de Scientifique du Secondaire espérant pour ma part

Rejoindre les bancs de la Fac, soit en Biologie, Physique ou encore l’Agronomie.

C’est vrai que mes résultats scolaires ne brillaient pas au firmament des élites ;

Mais ma moyenne était suffisante.  Plus comme l’année précédente au Collège

Sainte-Gertrude à Nivelles où je titillais les quatre-vingt-dix pour cent,

 Avec compliments de mes profs en soutane : « Bravo, continue comme ça ! ».

Hélas, je passerai de ses frères-abbés très présents à l’indifférence des laïcs.

Entre ce sombre institut ixellois et le chatoyant collège fleuri à Nivelles,

Il n’y a pas photo !   Il fallait encore que je m’adapte à ces cours impersonnels.

Après ces six mois de courreries, sans oublier qu’à l’heure du midi, sans répit,

On comptait sur moi pour servir les cent plats du jour jusqu’à moins le quart  

De deux heures et, toujours en courant, je me précipitais vers mon école

Dans le Haut de la Ville.  

Après le coup de feu du restaurant et qu’essoufflé, 

j’arrive à ce cours de flamand (comme on disait à l’époque),

L’impitoyable remarque :

Pour vous Froès, je ne mettrais pas ma main au feu.  

 

Je suis peut-être en fin de vie autant que ma descendance le sache.


* Mes parents se sépareront un an plus tard.

dimanche 28 mars 2021

 

Mon cher Fils,

 

Il y a pire que de ne rien savoir, c’est imaginer, selon Éric-Emmanuel Schmitt  (Oui, je suis en train de lire son dernier roman « Paradis Perdus », le premier tome d’une série de huit pour nous proposer sa vision du Monde, une traversée du temps d’avant le déluge jusqu’à... ? – les autres ne sont pas encore parus évidemment à ce jour). 

Parce que n’ayant pas eu de ta part la moindre réaction, pensant

Soit il ne lit pas les mails du Pater ;

 Soit il les lit sans bien saisir le fond et qu’il se sente agressé,  n’y voyant que de la critique plutôt que le vœu d’un père à voir son fiston s’épanouir en affirmant ses propres acquis et contribuer ainsi au bien-être général -  ce qu’on t’a  enseigné à LLN  et qu’ à l’obtention de  ton  diplôme,  j’ai eu ce bonheur de revoir cette pleine alacrité dans tes yeux  tournés vers un avenir prometteur...Cela fait plus de deux ans – mais rassure-toi, tu as « l’essentiel » (ce mot devrait faire réfléchir, n’est-il pas  dans cette période pandémique? Oui l’essentiel pour agir.  À méditer... ;

 Soit, c’est une totale indifférence à mon égard.

 

Et là, tu as parfaitement raison, jamais je n’aurais dû vous quitter et surtout veiller à l’avenir d’un jeune-homme de dix-sept ans, mais est-ce une circonstance atténuante, d’avoir cru qu’un autre, médecin de surcroît, allait pouvoir te diriger mieux vers ta vie d’homme.  

 Pardon

 

Papa

jeudi 25 mars 2021

 

Lettre à mon Fils

Il y a cinquante-et-un an, un vingt-cinq mars, vers quatre heures de l’après-midi à l’hôpital St Élisabeth, à Uccle, enfin, te voilà !  Nous t’attendions fin décembre, tenant compte que Dominique et puis Brigitte, tes aînés de la fratrie,   naissaient l’un comme l’autre,(à  moins d'un an  d’intervalle) prématurément, à sept mois et demi.  Curieusement, en conduisant ta mère pour l’accouchement, un bail que ce n’était plus arrivé, quelques flocons de neige participèrent à l’événement. C’était de bon augure ; un peu notre Noël blanc pour célébrer ton arrivée (assez tardive et provoquée, c’est vrai, vu que tu es né à presque dix mois). À l’époque, ta chère Maman passait une période difficile.  Gérante de la SPRL IDELCOS, (société de construction immobilière), elle avait fait l’aveu de faillite une semaine auparavant. Chance quand-même, je venais d’ouvrir la Bergerie !    Peut-être que toi dans son ventre, comme un rempart à cette procédure de dépôt de bilan, tu voulais la protéger.   Déjà dans tes gènes, être Assistant social pour aider les autres ?   Tu sais, constatant que, malgré ton diplôme, tu ne m’apportes toujours pas la bonne nouvelle d’avoir dégoté un emploi stable, je pense humblement, autant le temps apporte parfois sa contribution à arranger les choses, parfois, car il ne fera jamais ton boulot à ta place, peut également devenir un adversaire impitoyable.  Ne lui laisse pas cette place satanique. 

Je parle en connaissance de cause. 

 

Ton père qui t’aime

samedi 20 mars 2021

 

À Rangoun, 14 mars 2021, un soldat nommé Shin Ling

 

Non, il n’est certainement pas le premier à dire non !

Certains l’ont fait qui sont passés au poteau d’exécution ;

Hélas qui resteront dans l’ombre et peut-être sans tombe ;

Que des mères pleureront du matin au soir jusqu’à l’aube.

Mais cette fois la puissante junte n’aura pas le dernier mot

Qui signifie silence et   soumission des villes et des hameaux.

L’arme fatale dissuasive n’a besoin ni d’obus ni de cartouches ;

Les réseaux servent la cause des peuples parfois trop farouches

Aux yeux de ceux qui veulent les soumettre à leurs bottes.

Trois doigts!  L’élégance même, pour montrer quand ça capote;

Un seul aurait semblé vulgaire ; vous savez, celui du chauffard

Qui vient de prendre votre priorité narguant vos appels de phare.

C’est vrai qu’un rien nous fruste quand l’autre ignore vos droits;

D’autant plus, quand c’est une nation qui manifeste son désarroi.


vendredi 19 mars 2021

 

Aux Homo-Vaccinnus,

Je pense donc je suis...mais je suis qui, je suis quoi ?  Soit, je suis la Solution, soit, je suis le Problème.

 Si je suis la Solution, c’est bien.

  Je (toujours ce « je ») me sentirai en harmonie, apportant ma petite contribution à ce Monde qui n’attend que ça : des solutions.  Bref, emporté par cette ivresse prétentieuse, je me considérerais faisant partie intégrante de    l’Évolution.

 - Cependant, si ce n’est pas le cas : ne pas être la Solution,

Alors le couperet tomberait impitoyable sur ma condition humaine par déduction purement mathématique : je suis le problème... et dans ce cas, par souci de ne surtout pas déranger (bien que rien ne soit plus dérangeant que quelqu’un qui ne veuille pas déranger, paraît-il), tel un bon chirurgien   pratiquant une tumorectomie, moi, cette cellule cancéreuse, énergivore et pollueuse, mon seul vœu soit que l’ange exterminateur m’emportasse à jamais vers le néant (surtout lorsqu’on n’a plus vraiment l’âge).  

À cette bipolarité simpliste, oserais-je le dire ? s’ouvrirait une troisième possibilité :

S’il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème, pourrait ainsi s’exprimer un épicurien.   

Serait-ce une excuse pleine de bon sens et de sagesse pour permettre à nos cerveaux fragiles de se détendre, après une pause salutaire et que rebondisse alors ce génie qui est censé habiter chacun de nous et de clamer haut et fort :

À tout problème, il y a toujours une solution et nous trouverons, même pour les plus vieux parmi nous.


Toute les chansons du monde apportent leur part de solution  

« Un Homme,  c’est naturellement bon ! »

(avec  Francis Goya à la guitare solo)


Un homme c’est naturellement bon
Deux hommes c’est déjà différent
À trois commencent les chuchotements
Quatre hommes peuvent devenir inquiétants
Pourtant un homme c’est naturellement bon
Un homme c’est naturellement bon

Deux hommes c’est déjà différent
À deux ils se prennent pour quelqu’un
Ici,  commence l’anonymat
Qui fait des autres des forçats
Pourtant un homme c’est naturellement bon
À deux,  c’est déjà différent

À trois commencent les chuchotements
Majorités,  minorités,  vous voilà !
Malheur qui transgressera les lois
La force n’est pas dans l’isolement
Un homme seul n’a jamais raison
À trois commencent les chuchotements

Quatre hommes peuvent devenir inquiétants
Le droit exalte les passions
Éclate en combat de mille ans
Ces guerres abattent les sentiments
Ici on tue sans émotions
Des hommes naturellement bons

À cinq* en comptant par milliard
Cinq milliards d’hommes seuls dans le brouillard
Qui cherchent sans trop bien le savoir
La flamme qui redonnera l’espoir
Qu’un homme c’est naturellement bon
Un homme c’est naturellement bon


Mais quand les fléaux de la terre
Surgissent comme des cris de colère
S’éveillent soudain des hommes nouveaux
Des hommes qui feront ce qu’il faut
Ils redeviennent tous solidaires

Ensemble des hommes c’est beau ! 



* créée en 1987,  à cette époque nous étions cinq milliards à peupler la planète

 

samedi 13 mars 2021

 

Réactiver les souvenirs du passé, ça ne peut faire que du bien.  Non ?

 

Encore ces deux semaines auparavant sur mon blog du 28 février dernier, un Gainsbourg à l’honneur pour rappeler le jour de sa mort le 2 mars, où je précisai    l’avoir apprise le lendemain en allumant la télé.  Il est seize heures ce 3 mars 1991.  PR. Je venais de terminer une nouvelle complainte qui devait s’intituler « Ah, ces folies de l’humanité ! », mais suite à ce deuil soudain pour la chanson française, je présumerai que c’était l’auteur de la Javanaise qui me l’avait soufflée comme un dernier message avant de nous quitter vraiment - et de toute façon pour honorer sa mémoire - .   Je l’intitulerai « Requiem Gainsbourg ».  Selon des rumeurs, n’avait-il pas prédit de disparaître à la fin de la « Troisième guerre mondiale » ? En fait, les paroles de cette chanson synthétisaient un poème « Il n’y a pas d’ordre pour faire la guerre » écrit à la veille de l’Ultimatum du 15 janvier 1991 (lancé par H.W Bush le Président des Etats Unis d'Amérique)   que ceux des moins de vingt ans ne peuvent pas connaître/.  Non, pas la bohème de Charles Aznavour ! Non, une guerre encore et encore, et   hélas, à part l’inoubliable épouvantable Shoah, ils en connaîtront de pires, nous le savons : les attentats suicides dont l'effondrements des deux  tours du WTC à New-York;   le terrorisme systématique dans les cités dont  Charlie Hebdo et  le Bataclan ; massacre et exode des familles de  Syrie et pas que de  Syrie; prises d'otages de lycéennes au Mali;  les Migrants qui disparaissent en Méditerranée ou sont chassés de Calais par la police; misère et famine; et la haine toujours de plus en plus présente, surtout quand on massacre des éléphants, des rhinocéros;  que le lucre, pour beaucoup trop d'incultes,  est la seul raison d'exister...etc. On a pu lire dans mon blog du 28 février dernier, que,  à l’aube du 5 janvier 1991,   je  glissais  ce texte avec une K7 de deux chansons enregistrées : « Un Homme, c’est naturellement bon » et « Halabjã », dans la boîte postale d’Yves Montand à Saint-Paul ; qui ne sera pas lettre morte, vu que le célèbre chanteur et comédien me téléphonera pour m’encourager à ne jamais abandonner… Eh oui, c’est la faute à Montand, si je persiste toujours !  

 

 

…Et maintenant,  cette pandémie comme un ange exterminateur, contre le consumérisme peut-être de ces milliards de Sapiens énergivores ? Je commence à me poser la question !  La Terre, cet immense être vivant selon Leonardo Da Vinci, se doit, en toute intelligence, de préserver également sa santé.  À savoir tout ce qui sert à son propre équilibre et à l’existence de tous les êtres qui la peuplent.    N’est-ce pas ?  Et les petits hommes, un peu comme des virus aux yeux du cosmos bouillonnant d’étoiles, n’arrêtent pas de chercher des solutions pour leur confort et survivre à tout prix ; ce que les médecins aussi savent pour les cellules cancéreuses qui s’en prennent à nos corps, cette définition  devrait faire réfléchir : « des cellules qui ne veulent pas mourir ? »  Ne serait-ce pas nous… à vouloir vaincre toutes les maladies, prolonger nos vies jusqu’à l’immortalité ?   Et alors, adieu l’amour.  Sans la mort, l’amour ne peut être. On nous a appris cela dans nos traités de biologie, ce qui nous distingue des bactéries...Une évolution du Vivant, paraît-il !   Vers la fin de ce « Requiem Gainsbourg », je le chante « /À ceux qui n’osent plus partir, parce qu’ils ont peur de mourir / Mais sans cela, comment venir ? »


Petite parenthèse, par une  chanson subsidiaire et plus légère où cette question est également abordée concernant l'amour et la mort. Mais, cela détendra un peu, je rentre dans les normes qui plaisent:  c'est une requête amoureuse.   

Pour info, elle n'a pas voulu me suivre… Zut, je gâche tout!   




-         D’accord pas d’accord ?

-          la grande dualité à laquelle sont confrontés  tous les humains ? 

-         L’Amour et la Mort.

-          «   Risquer de souffrir,  t’aimer à mourir »


Cliquer pour écouter la chanson

Trompette et clarinette : Willy Vandewael
Piano : Rudy Meinaert
Guitare:  Roland Kert
Drums:  Bob Darch
arrangements et Basse:  Alan Booth


D’accord pas d’accord

D’accord pas d’accord je veux bien encore
M’ouvrir à toi ; te serrer dans mes bras
D’accord pas d’accord je veux bien encore
Te prendre la main,  sceller nos destins
Parler du bonheur, envoûter nos cœurs
Pour que finalement s’enflamment nos corps

D’accord pas d’accord, je veux bien encore
Marcher sous la pluie, simple monotonie
D’accord pas d’accord, je veux bien encore
Partir avec toi où il y a de la joie
Je veux bien encore chercher des trésors
Courir les déserts ; franchir les mers

D’accord pas d’accord, j’inventerai des mots
Pour te voir sourire ; créer des souvenirs
D’accord pas d’accord, adieu les sanglots
Jouons le grand jeu comme les gens heureux
Je veux bien encore pour t’aimer plus fort
N’être plus personne ; t’aimer comme un homme*

D’accord pas d’accord, j’oublierai le confort
Des petites habitudes de la solitude
D’accord pas d’accord que l’amour dévore
Toutes les raisons et les illusions
Je veux bien encore conjurer le sort

Risquer de souffrir,   t’aimer à mourir.**


*Pour t’aimer plus fort : n’être plus personne ;
 t’aimer comme un homme !
Autrement dit, que la nature,  en chacun de nous, prenne sa place prioritaire en se dépouillant de  personnalités que l'on s'inflige ou que l'on subit. 

**T'aimer à mourir.
L'amour et la mort sont indissociables. 


Et me voilà de retour  dans cette période Pandémique,   Aïe! 

  

…/…Mais les plus communs mortels de nos démocratures* le comprennent-il vraiment avant de lui crier « - Au fou, cet illuminé qui réalisa soudain faire un métier néfaste,  propice à la consommation à outrance au détriment de la vie en général...Justement pour ces mortels qui in fine lui permettaient de s’enrichir.    Il quittera ses biens et sa famille.   Avec sa guitare et sur son bateau, il partira…


* Démocratures? J'ai trouvé ce terme très judicieux de la bouche d'une intellectuelle (dont je n'ai pas retenu le  nom) lors d'un débat télévisé  faisant référence à l'évolution vers une dictature du Pouvoir politique des démocraties.

 

Ce qui me rappelle cette anecdote d’une de mes escales sauvages :

 

  En effet, à bord du Spirit of Sindbad au mouillage la veille, à l’abri du vent pour passer la nuit, en scrutant aux jumelles la mangrove d'un îlot qui nous protégeait de la houle, à quelques milles au Nord de Nassau, mon regard fut attiré par une petite croix plantée dans le sable.   Ma curiosité évidemment m’y conduira voir pourquoi.  Sur ce symbole était planté un petit écriteau en anglais, demandant de donner à boire et à manger au « lonely dog ».   Effectivement, on pouvait apercevoir tout autour des traces de pattes de chien.  Le lendemain matin, je demanderai à Jean-Louis, le marin, de me laisser sur la plage.   Pas question de lever l’ancre sans avoir essayé d’attraper cet animal.  Avait-il survécu à un naufrage ou simplement sauté par-dessus bord d’un bateau ?  En tous cas, quelqu’un de bien intentionné avait mis cette pancarte. Mais pourquoi n’avait-il pas ramené le chien ?  Je le comprendrai plus tard.  À moi de jouer pour la suite, sans pouvoir compter sur l’aide du skipper qui détestait les clebs domestiques devenus totalement dépendants des hommes, « - Alors qu’il y a tant d’enfants qui meurent de faim », disait-il.

 Pour passer le temps, peut-être toute la journée à guetter le quadrupède, la guitare serait une bonne compagne.  En quelques accords, à l’ombre de la mangrove, sur cette plage des Caraïbes, cette chanson est née. Sans aucun doute, cette croix m’avait inconsciemment fait penser au curé du village de mon enfance:  Corroy-le-Grand, où à proximité plus tard s'édifiera la cité universitaire de Louvain-la-Neuve qui redonnera vie à ces habitations rupestres quasi endormies, désertées par les jeunes attirés par l'industrialisation des grandes villes.  À une certaine époque des années après-guerre,  quand les postes TV débarqueront dans les logis, heureusement pour ces  petits vieux qui se sentiront moins abandonnés.     

(Hélas, impossible de récupérer le chien !  Revenu au bateau à la nage, laissant la guitare sur la plage, je viendrai plus tard la chercher avec le Zodiac.  Aux jumelles, du bateau, j’ai pu apercevoir l'animal,  venu renifler et lever la patte sur l’instrument à cordes.  C’était un Dalmatien - mâle, vous l’aurez deviné ! -  qui ne voulait plus approcher les humains ou le bateau, et / ou, plus sûrement, cette association des deux.) 

 

Le Curé du village (1989)

UN CLIC SUR CE LIEN POUR ECOUTER CETTE CHANSON

arrangements : Alan Booth

 

J’ai beau avoir passé l’âge    Je me souviendrai toujours

Du bon curé de village     qui nous sortait du bourg

C’était après les vêpres le dimanche bien sage

 

Sérieux tout en prière, on aurait dit des anges

Pourtant un peu gaillards   quand il était en retard

On se partageait l’hostie   derrière la sacristie

C’était le corps du Bon Dieu   qui avait-il de mieux ?

 

Le bon curé de campagne   nous emmenait au loin

Jusqu’au pied de la montagne   le plus petit par la main

Il parlait du Bon Dieu de Jésus, de Marie

Perplexes mais bien curieux   de celle qui fut bénie

Car nous un peu canailles    on se cachait dans la paille

On taquinait les filles    avec des brins d’orties

Nous étions des enfants    encore bien innocents

 

En bicyclette parfois    derrière le pèlerin

Pédalant à tout va    à travers les chemins

Quand on voyait une croix    exprimant notre foi

On se mettait genoux à terre   on récitait le Pater

Mais nous les polissons    qui parlions au Bon Dieu

On dégonflait les pneus    de l’homme de religion

Et puis en confession    c’était la punition

 

Bien des années plus tard    je suis retourné voir

Toujours les mêmes vieux    mais un peu moins de Bon Dieu

Les enfants sont partis    sans le moindre sursis

Vers les banques, les usines…    Ils sont partis à la ville

L’école abandonnée   l’église dépenaillée

C’était la décision    des agglomérations

Toutes les portes fermées    je dérangeais l’émission

 

Et puis encore plus tard    je passai par hasard

Dans le petit village    et quel heureux présage

Comme le cycle des saisons    les petites habitations

Hébergèrent de nouveau    de tout- petits poupons

Des enfants dans les cours    on ressentait l’amour

Je crois que le Bon Dieu    est revenu un peu

Il ne manque que le curé    pour les emmener au blé

 

Il y a encore au monde    beaucoup de petits villages

Où des petits vieux attendent    fidèles à cette image

Du bon curé de campagne    nous emmenant au loin

Jusqu’au pied de la montagne    le plus petit par la main.

Le plus petit par la main.

 

dimanche 28 février 2021

                                                         Requiem Gainsbourg

Un clic sur ce requiem pour l'écouter


Bigre, comme ça va vite !  Trente ans déjà, la disparition de Serge Gainsbourg.  France 3, nous avait offert, ce vendredi 26 février 2021 en soirée, un film documentaire de sa vie, où nous découvrirons un homme doux et tendre, respectueux de ses parents et de ses quatre enfants ; en fait,  tout le contraire de l’acteur sur la scène médiatique.      Le 2 mars prochain, on lui rendra certainement un hommage pour les trente ans de sa disparition.  Du coup, en remontant encore de deux mois, me voilà méditant sur quelques souvenirs où, vu que c’est ma propre histoire qui se veut, autant bien faire que se peut, s’inscrire dans la grande Histoire, mon imagination, mon désir de voir mes rêves se réaliser peut-être...et me vient alors cette conviction que toute réflexion, pensée émane de l’Univers et donc est une réalité parfaitement objective.  D’un Serge Gainsbourg à un Yves Montand qui m’avait téléphoné...Oui, l’un des rares et non des moindres qui réagît à l’un de mes textes, un poème de cent vers pour le dire : « Il n’y a pas d’ordre pour faire la guerre », déposé dans sa boite postale à Saint-Paul, dans la nuit du 4 au 5 janvier jusqu’à un certain 3 mars de la même année, à savoir 1991, où vers quatre heure de l’après-midi,  assez satisfait d’avoir enfin mis en musique et synthétisé en chanson ce poème déposé préalablement à Saint-Paul, chez Yves Montand, j’allume la télé pour me détendre.  La première image qui apparait sur l’écran, c’est l’annonce de la mort de Gainsbourg.  J’avais cru entendre une rumeur dans laquelle ce dernier prédisait sa propre mort après cette « Troisième guerre mondiale » *.       Du coup, vu la facilité avec laquelle cette chanson fut créée à l’instant, je me suis dit, que cela ne pouvait provenir que d’un autre esprit qui, avant son départ dans l’au-delà, m’aurait transmis son message...Et j’ai pensé à Gainsbourg.  

  *Pour la petite histoire :  Fin des hostilités et victoire des Alliés, qui viennent de libérer le Koweït   le 28 février 1991.

Il faut se rappeler l’inquiétude des Médias à l’époque.  On parlait d’une troisième guerre mondiale.  L’armée irakienne avait envahi cet Émirat sous les ordres d’un Saddam Hussein qui semblait bien sûr de lui.   Quel arsenal de destruction possèderait-il,  qui lui permettait de narguer les Forces alliées  rassemblées dans le désert, prêtes à intervenir?  

Requiem Gainsbourg

Un clic sur ce requiem pour l'écouter



Ah, ces folies de l’humanité !

 N’allez pas crier victoire
Parce qu’une guerre est terminée
 N’allez pas chanter la gloire
Même si on se croit du bon côté
N’allez pas pousser ce cri
De ceux qui pensent avoir raison
N’allez pas croire que l’autre religion
Soit la mauvaise parce qu’on l’a dit


Ah, ces folies  de l’humanité
Aux disparus qui ont résisté
Mais aussi la neutralité
Se cachant derrière l’épais brouillard
Du faire semblant de ne pas savoir
Aussi à ceux qui se prétendent
Dans  le défilé des pacifistes
Mais qui n’hésiteraient pas à pendre
Le premier venu à l’air fasciste


N’allez pas faire les vaniteux
Comme si c’était gagner un jeu
L’orgueil est là, c’est comme un rat
Qui ronge l’Homme sous son drap
C’est toujours lui, oui cet orgueil
Qui s’accroche en forme de médaille
Et suit nos morts sur leur cercueil
Comme s’il pouvait rendre l’éveil


Ah, ces folies de l’humanité
Qui  président à nos destinées
Et qui prétendent fondant les lois
Que le passé est la seule foi
Penser plus loin on ne le peut pas
Sacrifiant leurs fils sur la croix
Sourds et jaloux brisant les mères :
La concurrence de l’éphémère
Adolescent encore qui croît



Ah, ces folies de l’humanité
Qui peignent en noir toute l’Histoire
Brimant le rire comme un péché
Poussant l’enfant au désespoir
Face à l’absurde du Savoir
Marchez dans le rang sans protester
Et vous serez récompensés
Surtout ne pas imaginer
Pouvoir changer la société


Mais son déclin inévitable
Démocraties au ton affable
Par l’habitude trop confortable
Mène l’inconscience de la bonne table
Repus de chairs et de vins chers
S’endorment dans l’antre du cancer
Confiant leur sort aux militaires
Ne savent même plus aimer la Terre


Ah, ces folies de l’humanité
À ceux qui n’osent plus partir
À cause de ça, ne peuvent plus aimer
Parce qu’ils ont peur de mourir
Mais, sans cela comment venir

L’éternité ce n’est pas la joie
Laissons cela aux écritures
Encore faut-il qu’on ne les brûle pas
Que des ignorants clament l’imposture


Pour moi la seule qu’il faille bannir
C’est d’accepter « je dois tuer »
Surtout pas d’ordre pour faire périr
Alors viendra la Vérité
Que tous les hommes s’acceptent entre eux
Chacun ayant reçu des cieux
De protéger l’humanité
Suffit d’un peu les écouter…les écouter
Écoutez


 

 

 

« - Pourrais-je parler à Georges Salles...ici Yves Montand… ». 

 

« - N’abandonner surtout pas, vous avez du talent » disait la voix chantante à l’accent du Midi de ce géant de la chanson. Je rentrais à l’instant des Alpes maritimes, en franchissant la porte d’entrée, la sonnerie !  Juste le temps de décrocher.

  Du talent !!!  Mais, où cela m’avait-il mené ?   Si j’en avais vraiment, cela se saurait, me cria Martine, lors d’une dispute avant de nous séparer définitivement.    D’un côté le plus et de l’autre le moins.  Le problème, on apprend ça sur les bancs du collège : + x - = -.  Un Montand qui ne m’aurait jamais encouragé, sûr que je serais rentré dans les rangs, comme un bon petit commerçant bourgeois sans trop d’ambition et Martine serait toujours à mes côtés : - x - = + ;   ou alors, si Martine avait apprécié mes textes et mes interprétations en m’encourageant : + x + = +.  Pour un artiste la présence complice de la compagne ou du compagnon est, du moins dans mon esprit, essentielle à son épanouissement.  La vie en a donc décidé autrement.  

 

Oh, je ne suis pas à plaindre plus que les sept (bientôt huit) milliards de Sapiens - à moins que cette pandémie face descendre la barre d’un ou deux billions de cette espèce polluante qui a envahi la Terre :   je vis dans le Haut de Corse.    La misère c’est moins pénible au Soleil, selon Aznavour qui lui, par contre, n’avait jamais daigné me répondre.  Je ne m’étais pas contenter d’envoyer un chèque pour l’Arménie, suite au tremblement de terre en fin 1987, mais d’un poème : « A comme Arménie ».  L’important est d’écrire une chanson, me répondit-on de son studio.  Ce à quoi je rétorquais : « Non, l’important est d’écrire la chanson !  Certes à préciser, ce n’était pas le grand Charles qui m’aurait contredit. Les subalternes – oui, j’affirme, ils le sont dès qu’ils freinent l’élan vital, d’aller l’Un vers l’Autre.  Enfin, ce texte me servira par la suite lors du séisme à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010 qui fera six fois plus de victimes.      Pour en revenir à l’Autre, celui d’un mètre quatre-vingt-sept qui lui me donna son temps, - et quel privilège pour moi un « Montand » qui me donna son temps ! -,   c’est vrai, qu’à l’annonce d’une éventuelle Troisième guerre mondiale, de ma main tremblante et angoissée, ces lignes accouchèrent suite à la vision des armées alliées dans le désert, qui attendaient l’Ultimatum du 15 janvier lancé par le Président H.W. Bush, avant de se jeter à l’assaut des soldats irakiens.  Je me trouvais justement cette nuit dans l’appartement d’Isabelle ma compagne, infirmière de garde à l’hôpital d’Antibes pas très loin de Saint-Paul. Isabelle je l’avais connue au Costa Rica.  Elle profitait alors de vacances bien méritées sur le voilier de sa sœur et, quand deux bateaux se rencontrent, ça peut faire des belles histoires d’amour !*

 

 

 Mon cotre alu, dériveur intégral, le "Spirit of Sindbad", mouillait dans la baie de Golfito, un lagon où un petit bout de l’Océan Pacifique venait se reposer.

 *Ou du dégât : En juin 2005 en face du Surinam, la nuit, un cargo fantôme  le percutera par bâbord  et,  adieu mon beau bateau...Ohé ohé!

  Isabelle fait sa nuit à l'hôpital, il est deux heure du mat.  Ce quatre janvier qui vient de passer me rappelle  la mort en 1960 du lauréat du prix Nobel de littérature 1957: Albert Camus,  et du fils Gallimard dans la Facel Vega, sans doute victime de son succès contre un platane jaloux.  Le fait de penser à l'auteur de "La Peste",   me donna l'envie de prendre mon bloc et d'écrire pour passer le temps, attendant mon amie.  Je ne savais  pas vraiment quoi.  Camus je l'avais aperçu une fois  dans le restaurant de mon père, le Mouton d'Or, petite rue des Bouchers à Bruxelles.  Oui, entre mes cours à l'Athénée d'Ixelles, vers mes 16-17 ans, à l'heure du midi, je courais d'une table à l'autre servir la centaine de plats du jour aux clients habitués ou curieux de connaître Lucio, ce petit Portugais, fier de son slogan: " Manger portugais dans le plus parisien des restaurants bruxellois".  Ben oui! Européen avant l'heure, mon père ce héros au sourire si doux...Ah, si en plus il y a du Victor Hugo dans l'air, qu'attends-tu pour prendre ta plume?  Mais j'avais quand même allumé la télé.  Sur le petit écran, la caméra de France 2 nous montre un jeune militaire français interviewé.  Ce dernier, encouragé par le reporter-journaliste, enverra un petit coucou de la main à son fils de quatre ans.   Ce qui me frappait c’est qu’Il n’avait pas l’air de prendre conscience du danger.  À moins que...mais con je suis ! Bien sûr qu’il devait respecter la consigne,  se montrer décontracté !   Tout de suite un flash : « Cent vers pour le dire:  Il n’y a pas d’ordre pour faire la guerre! ».  (À propos au sujet de ce poème écrit dans un état second:  à peine terminé , par curiosité je comptai les lignes; il y en avait exactement cent)Et, en joignant une K7 de laquelle on pouvait entendre deux de mes chansons : « Un Homme c’est naturellement bon, et Halabjã, arrêtez ça ! » (P.R. Ville Kurde près de la frontière iranienne qui fut gazée en mars 1987 par des bombes chimiques qui éliminèrent toute la population sous les ordres de Saddam Hussein).  Hélas, le grand acteur dont la célébrité aurait eu plus d’impact pour chanter la Paix que moi, l’inconnu du régiment des Médias, m’annonça, aussi qu’il ne chante plus!    Dommage, mais tout de même.  Je m’étais juré aller à sa rencontre plus tard.  On ne sait jamais, dès fois qu’il changerait d’avis, ou qu’il puisse m’introduire dans son milieu...Mais le grand Montand était monté au Ciel quelques mois plus tard, en novembre.

  À quarante-huit ans,  l’annonce d’un décès d’une personne à peine septuagénaire, on pourrait se dire que c’est presque normal;  et aussi ne pas trop s’étonner d’apprendre le 3 mars 1991, qu’un grand fumeur de gitanes et buveur de whisky   de soixante-et-un an, Serge Gainsbourg, nous avait quitté la veille.  Je fais ce lien entre ces deux célébrités françaises de la chanson et du cinéma qui m’avaient, bien malgré eux, inspiré, ou plutôt me faire croire à ce hasard, la forme discrète que Dieu prend pour donner la chance aux humains selon Marc Lévy – je ne sais si c’est de lui, mais c’est transcrit dans son dernier ouvrage « C’est arrivé la nuit » et j’avais justement les yeux suffisamment ouverts à ce moment sous ma lampe de chevet pour me laisser imprégner par ce genre de message - .  Le hasard, bien sûr !  Encore à l’instant présent où j’écris ces lignes, dont je ne sais à quel saint (lecteur) les soumettre. Que me dicte donc mon âme, mon inconscient, mon subconscient ?

 (Tout en pensant à l’ange exterminateur nommé Covid-19, moi et mes soixante-dix-huit balais; quand viendra-t-il me chercher ?  Aurais-je enfin quelque chose d’utile à faire sur cette planète ou suis-je encore trop mauvais pour qu’il m’emmène? C’est vrai que souvent les grands esprits partent jeunes : Jésus, Pascal, Mozart, Rimbaud, Boris Vian  etc.)

     Nous sommes samedi 27 février 2021 à 14 H. approximativement.    Je viens de taper ces lignes.   Mon estomac me rappelle à l’ordre du jour et, tout en me préparant de quoi combler ma faim, j’allume la télé (Oui, toujours cette télé!)  et apparait sur France 3, Yves Montand chantant « À Paris, quand un amour fleurit / ça fait pendant des semaines. deux cœurs qui se sourient / tout ça parce qu'ils s'aiment  à Paris…» Dingue !  En plus, ce fut d’autant plus intense mes battements du cœur soudain,   car c’était  la première chanson de mon répertoire à  vingt ans,  avec la guitare sur les terrasses des brasseries et restaurants de la Côte d’Azur !    Pas mal du tout, cette émission "Samedi d'en rire"!   Elle s’améliore de semaine en semaine,  animée par Jean-Luc Lemoine et son équipe de chroniqueurs  –…Comme par hasard – vous voyez, le hasard, il ne nous quitte jamais.  Jean-Luc Lemoine passe à Gainsbourg.  Oui, c’est dingue, je me délecte!  Et je souris dans ma barbe d'une semaine en me disant que peut-être  serai-je un jour le plus vieil espoir de la chanson française.