Chère Charlotte,
Découvrant, grâce à
la Grande librairie et aussi cette discussion avec Frédéric
Beigbeder sur You Tube, votre qualité d’écrivaine philosophe, je souhaitais
vous entretenir d’une vieille histoire qui remonte à 1987, lors du passage de
votre tante, la princesse Stéphanie à Bruxelles qui fut filmée, quelques
minutes avant l’Eurovision de la chanson devant mon restaurant (le Marenostrum
22 Petite rue des Bouchers, au cœur de Bruxelles). Star à l'époque sous
le feu de la rampe, poussée par sa production sans doute, il fallait présenter son
nouveau titre « Les Fleurs du mal » aux dizaines de millions
des téléspectateurs en attente. Ce fut pour moi un
flash, un rappel de ma véritable vocation qu'un quart de siècle auparavant
j'avais ressentie en chantant avec la guitare sur les terrasses de
la Côte d'Azur : auteur/compositeur et interprète, plutôt
qu’un honnête commerçant restaurateur en plein centre de
Bruxelles. Je tiens néanmoins à préciser que ce métier de la bonne table m’avait permis,
pendant près de vingt ans, une certaine aisance bourgeoise et familiale. Dès lors,
dans un état presque second, c'était plus fort que moi, je repris ma
guitare oubliée depuis quinze ans. Adieu la boutique et mon
petit confort douillet ! Riche de mes mélodies, comme le fou chantant, je
semai à tout vent mes mélodies à qui voulait les entendre ...en espérant aussi
présenter cette chanson « Une princesse venue chanter dans ma
rue » jusqu’au porte du palais à Monaco. Grande
mésaventure, du fait d’avoir remonté en moto (interdit, je l’ignorais) vers la
place du Casino pour offrir ce CD à votre très illustre
parente ! Je fus arrêté et interrogé pendant plus de deux heures
: empreintes digitales, prises de photo de face et de profil avec un
numéro sur le torse comme un individu douteux ! J’avais
bien remarqué que l’officier de garde - lui ayant expliqué la raison de mon
passage -, s’était entretenu par téléphone avec le Palais... et que le mot
d’ordre était sans doute - j'en suis arrivé à cette conclusion
bien plus tard - de me dissuader pour cette démarche auprès de
S.A.S Stéphanie de Monaco. Pourquoi cette gentille princesse qui
avait chanter « Comme un ouragan » (que les enfants adoraient)
et avoir eu le courage de se produire jusque dans ma rue pour être télévisée
avant l’Eurovision 1987, avait eu une telle réaction ? La
réponse m’était déjà venue à l’esprit depuis quelques années, bien avant mes
quatre-vingt-trois balais actuel et ma finitude proche sans aucun doute,
si on s’en tient aux statistiques de l’espérance de vie en Europe
: « La fille cadette de Grâce Kelly voulait qu’on
oublie cette période où elle s’était sentie victime et manipulée par des
marchands du showbiz ayant opportunément voulu profiter de l’état de confusion
mentale provoqué, dans cette période de
souffrance, par la perte de sa mère (surtout ces rumeurs concernant
l’accident mortel) ».
Accident mortel, il y a aussi celui de votre père
– vous n’aviez que six ans ! - Je me promenais bras dessous- bras dessus
avec Isabelle ma fiancée, au port de Monaco, observant
les camions citernes d’essence qui déversaient les milliers de litres de
carburant dans les réservoirs des bateaux offshores, le jour avant la course qui
devait avoir lieu au large de Cap-Ferrat. Saddam Hussein avec son
armée avait envahi le Koweït pour une question de pétrole en
1990. Les forces américaines et alliées se préparaient à une
riposte terrible, prêts à envahir l’Irak (PR. Ultimatum au 15 janvier 1991 du
Président Bush) -. Je me suis surpris de m’exclamer : « Ils
sont fous, bientôt la guerre en Irak, des hommes vont mourir pour du
pétrole...et ici on le gaspille avec insouciance... Tu verras
Isabelle, il y aura un drame ! »
Une fois encore le coup du
sort ! Pardonnez moi de rappeler ce terrible souvenir pour
l’enfant que vous étiez alors et peut-être influençât ensuite
l’adulte pour les lettres et la philosophie. Tout ce qui
précède je me préparais à vous l’écrire, quand brusquement cette terrible
nouvelle encore une fois : le Va –t’en guerre provoqué
par la parano des Uns par rapport aux Autres, nous éclate à nouveau en pleine
face de notre naïveté.
Et pourtant dans cette masse
d’ignorance et conflictuelle, toujours ces quelques traits de lumière pour le
bien-être de l’humanité (qui sait ?) :
« Les choses sont
sans espoir ?
Pourtant {...} déterminés à les changer »,
Puisque
tu l’avais si bien écrit, cher Francis Scott Key Fitzgerald, prophète sans
le savoir puisque disparu avant (en 1940) de l’ignominie des Nazis ...La
guerre, la guerre ! Nous y voilà à son éternel retour, comme dirait
Nietzsche...L’Iran maintenant ! Aussi, faisant partie, je l’espère,
de ces gens déterminés, je me répète...Mais finalement, ça devient lassant,
n’est-ce pas ?
Pauvres
de nous, ces hommes que nous sommes, dominés par :
Orgueil,
fric et panique
Sous
des airs démocratiques
Mais
sont les trois tyrans
Qui
perturbent notre temps !
Voilà, déjà cinq jours de cette hémorragie de bombes
et missiles envoyées de part et d’autre des frontières massacrant des centaines
de victimes ...Et, il est triste de constater que cela redevient de la routine
aux yeux du monde qui me décide donc de vous envoyer ce courriel.
Et encore ce propos : « Le livre du rire
et de l’oubli » de
Kundera, Ce texte écrit il y a plus de cinquante ans :
.../... L’assassinat
d’Allende a bien vite recouvert le souvenir de l’invasion de la Bohème par les
Russes, le massacre sanglant du Bangladesh a fait oublier Allende, la guerre
dans le désert du Sinaï a couvert de son vacarme les plaintes du Bangladesh, les
massacres du Cambodge ont fait oublier le Sinaï, et ainsi de suite et ainsi de
suite, jusqu’à l’oubli complet de tout par tous.../...
Quels seront
les prochaines atrocités pour oublier cette folie du moment ?
Merci de votre attention
Votre (très prochainement) lecteur de la Fêlure
Georges Salles
Ah oui ! PR cette chanson écrite en 1987 :
« Une
jolie princesse dans ma rue »