mercredi 4 mars 2026

 

 Chère Charlotte,

 

Découvrant, grâce à la Grande librairie et aussi cette discussion avec Frédéric Beigbeder sur You Tube, votre qualité d’écrivaine philosophe, je souhaitais vous entretenir d’une vieille histoire qui remonte à 1987, lors du passage de votre tante, la princesse Stéphanie à Bruxelles qui fut filmée, quelques minutes avant l’Eurovision de la chanson devant mon restaurant (le Marenostrum 22 Petite rue des Bouchers, au cœur de Bruxelles).  Star à l'époque sous le feu de la rampe, poussée par sa production sans doute, il fallait présenter son nouveau titre « Les Fleurs du mal » aux dizaines de millions des téléspectateurs en attente.   Ce   fut pour moi un flash, un rappel de ma véritable vocation qu'un quart de siècle auparavant j'avais ressentie   en chantant avec la guitare sur les terrasses de la Côte d'Azur :   auteur/compositeur et interprète, plutôt qu’un honnête commerçant   restaurateur en plein centre de Bruxelles.  Je tiens néanmoins à préciser que ce métier de la bonne table m’avait permis, pendant près de vingt ans, une certaine aisance bourgeoise et familiale. Dès lors, dans un état presque second, c'était plus fort que moi, je repris ma guitare oubliée depuis quinze ans.   Adieu la boutique et mon petit confort douillet !  Riche de mes mélodies, comme le fou chantant, je semai à tout vent mes mélodies à qui voulait les entendre ...en espérant aussi présenter cette chanson « Une princesse venue chanter dans ma rue » jusqu’au porte du palais à Monaco.   Grande mésaventure, du fait d’avoir remonté en moto (interdit, je l’ignorais) vers la place du Casino pour offrir ce CD à votre très illustre parente !  Je fus arrêté et interrogé pendant plus de deux heures : empreintes digitales, prises de photo de face et de profil avec un numéro sur le torse comme un individu douteux !  J’avais bien remarqué que l’officier de garde - lui ayant expliqué la raison de mon passage -, s’était entretenu par téléphone avec le Palais... et que le mot d’ordre était sans doute - j'en suis arrivé à cette conclusion   bien plus tard - de me dissuader pour cette démarche auprès de S.A.S Stéphanie de Monaco.  Pourquoi cette gentille princesse qui avait chanter « Comme un ouragan » (que les enfants adoraient) et avoir eu le courage de se produire jusque dans ma rue pour être télévisée avant l’Eurovision 1987, avait eu une telle réaction ?   La réponse m’était déjà venue à l’esprit depuis quelques années, bien avant mes quatre-vingt-trois balais actuel et ma finitude proche sans aucun doute, si on s’en tient aux statistiques de l’espérance de vie en Europe :  «  La fille cadette de Grâce Kelly voulait qu’on oublie cette période où elle s’était sentie victime et manipulée par des marchands du showbiz ayant opportunément voulu profiter de l’état de confusion mentale provoqué,    dans cette période de souffrance,  par la perte de sa mère (surtout ces rumeurs concernant l’accident mortel) ».   

Accident mortel, il y a aussi celui de votre père – vous n’aviez que six ans ! - Je me promenais bras dessous- bras dessus avec Isabelle ma fiancée, au port de    Monaco, observant les camions citernes d’essence qui déversaient les milliers de litres de carburant dans les réservoirs des bateaux offshores, le jour avant la course qui devait avoir lieu au large de Cap-Ferrat. Saddam Hussein avec son armée avait envahi le Koweït pour   une question de pétrole en 1990.   Les forces américaines et alliées se préparaient à une riposte terrible, prêts à envahir l’Irak (PR. Ultimatum au 15 janvier 1991 du Président Bush) -.  Je me suis surpris de m’exclamer : « Ils sont fous, bientôt la guerre en Irak, des hommes vont mourir pour du pétrole...et ici on le gaspille avec insouciance...  Tu verras Isabelle, il y aura un drame ! »  

   Une fois encore le coup du sort !  Pardonnez moi de rappeler ce terrible souvenir pour l’enfant que vous étiez alors et peut-être influençât ensuite l’adulte pour les lettres et la philosophie.   Tout ce qui précède je me préparais à vous l’écrire, quand brusquement cette terrible nouvelle encore une fois :   le Va –t’en guerre provoqué par la parano des Uns par rapport aux Autres, nous éclate à nouveau en pleine face de notre naïveté.

  Et pourtant dans cette masse d’ignorance et conflictuelle, toujours ces quelques traits de lumière pour le bien-être de l’humanité (qui sait ?) :

« Les choses sont sans espoir ?

Pourtant {...} déterminés à les changer »,

Puisque tu l’avais si bien écrit, cher Francis Scott Key Fitzgerald, prophète sans le savoir puisque disparu avant (en 1940) de l’ignominie des Nazis ...La guerre, la guerre !  Nous y voilà à son éternel retour, comme dirait Nietzsche...L’Iran maintenant !  Aussi, faisant partie, je l’espère, de ces gens déterminés, je me répète...Mais finalement, ça devient lassant, n’est-ce pas ?   

Pauvres de nous, ces hommes que nous sommes, dominés par :

Orgueil, fric et panique

 Sous des airs démocratiques

Mais sont les trois tyrans

Qui perturbent notre temps !

Voilà, déjà cinq jours de cette hémorragie de bombes et missiles envoyées de part et d’autre des frontières massacrant des centaines de victimes ...Et, il est triste de constater que cela redevient de la routine aux yeux du monde qui me décide donc de vous envoyer ce courriel. 

Et encore ce propos : « Le livre du rire et de l’oubli » de Kundera, Ce texte écrit il y a plus de cinquante ans :

.../...   L’assassinat d’Allende a bien vite recouvert le souvenir de l’invasion de la Bohème par les Russes, le massacre sanglant du Bangladesh a fait oublier Allende, la guerre dans le désert du Sinaï a couvert de son vacarme les plaintes du Bangladesh, les massacres du Cambodge ont fait oublier le Sinaï, et ainsi de suite et ainsi de suite, jusqu’à l’oubli complet de tout par tous.../...

 

Quels seront les prochaines atrocités pour oublier cette folie du moment ?  

 

Merci de votre attention

Votre (très prochainement) lecteur de la Fêlure 


Georges Salles 

Ah oui !   PR cette chanson écrite en 1987 :

« Une jolie princesse dans ma rue »

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