mardi 19 février 2019


Comme toute médaille a son revers

Normalement, grâce à la médaille de bronze qui permit des rencontres intéressantes pendant cette foire internationale -  entre autres le directeur de Texas Instrument à Biot qui me proposa de lui rendre visite à Sofia-Antipolis - , ce Phosomètre semblait promu à un avenir prometteur.   

Pour reprendre fidèlement l’esprit du titre de cet ouvrage, j’avais tout faux.
 En effet, naïvement, j’avais cru que mon rôle d’inventeur (ou géniteur), se cantonnait uniquement à ce Salon avec, en prime, l’interview de France Info et que la suite devait se concrétiser pour la partie commerciale par Hélène (très femme d’affaires, qui avait repris du poil de la bête avec son médecin à domicile et de surcroît, je lui avais donné toutes les actions de mes anciennes sociétés) et, pour la partie scientifique et technique, par le bon Dr. Michel, de facto, moi,  ne pouvant résister à l’appel du Large et de la chanson,   je leur remis la mallette dans laquelle étaient glissés, en plus du diplôme « Médaille de bronze,  mes notes avec les coordonnées des différents contacts (Industriels,  fabricants de montre, etc.)…Hélas !,   j’ai pu constater lors d’un retour de mes îles lointaines que ce porte-documents gisait toujours au même endroit, couvert de poussières près de la cheminée,  où je l’avais déposé deux ans auparavant.  Que pouvais-je dire ?   J’étais devenu minoritaire dans ce partenariat de trois.  Le toubib s’était lancé dans la recherche sur le Sida.  Ce Phosomètre était le moindre de ses soucis. Homme maladivement jaloux, j’ai la faiblesse de croire qu’il pouvait penser que cette invention risquait de redorer mon blason aux yeux d’Hélène, en cas de réussite.

Par contre, les restos commencèrent à vaciller et là non plus je n’avais plus le droit à la parole.   
J’avais essayé d’ouvrir les yeux de mon ex-épouse pour qu’elle comprenne le danger d’être trop à l’écoute de son nouveau compagnon qui n’avait aucun feeling pour la restauration… Alors, elle sortait ses griffes.  Les manipulateurs savent comment garder leurs proies … – car on est bien d’accord, il s’agit bien d’un abus de faiblesse, de l’emprise d’un médecin sur sa patiente qui lui soufflait de temps en temps : «  - Je sais que tu aimes encore Georges,  mais n’oublie pas qu’avec lui tu risques de mourir !!!» -  Moi aussi, je fus victime de ce genre d’envoûtement : celle d’un marin qui, c’est le cas de le dire, me mènera en bateau jusqu’à la destruction du navire.    Finalement, quasiment ruiné, j’irai   chanter avec la guitare sur les terrasses de la Côte d’Azur /. .Et, vous l'entendrez  dans le premier couplet du « Paumé  aventurier », j’avais bien oublié mes bottes Santiag en quittant Paris.
 « /…J’ai quitté Paris oubliant mes souliers
J’ai très vite compris que je suis un paumé… / »


Le paumé






Le Paumé aventurier  

Trompette et clarinette : Willy Vandewael
Piano : Rudy Meynaert
Guitare:  Roland Kert
Drums:  Bob Darch
Arrangements et Basse:  Alan Booth

Je suis un paumé, j’ai quitté Paris,
Et je suis parti oubliant mes souliers
J’ai très vite compris que je suis un paumé…un paumé

Car figurez-vous que mes pieds trop mous
N’ont pas résisté au premier petit trou
Je suis un paumé, pas un aventurier.
  Moi l’aventurier!

Je suis un paumé, pas un aventurier
On me l’avait bien dit
De ne pas quitter Paris

Et moi le bourgeois, d’un timide pas
J’ai emmené ma croix sur le dos de ma foi
En cherchant le bonheur,
J’étais tout en sueur. 
 Moi l’aventurier!

J’allais bien me nourrir de ciel et d’amour ; 
Oubliant l’estomac,  plus de problème de foie.
Mais au premier Carrefour,
  Je craquai pour des p’tits fours.
Moi l’aventurier !

Je suis un gourmand, pas un aventurier
On me l’avait bien dit 
  De ne pas quitter Paris

De belles phrases à l’envers,  me prenant pour Voltaire
Et c’est en globe-trotters que je fis le tour de la terre
Je n’ai pas eu très peur :
La « Diners » près du cœur.
Moi l’aventurier! 

J’ai voulu faire du stop,  mais pour lever la main
Il y avait tout qui se bloque.  J’ai pris le premier train,
Aidé par un porteur.  
J’avais comme des raideurs.
Moi l’aventurier!

Je suis trop bloqué pour être aventurier
On me l’avait bien dit
De ne pas quitter Paris

Prônant la Vérité, rejetant la Société, 
Mais c’est mon contrôleur qui me faisait très peur.
Et pour fuir les impôts,
J’étais Marco Polo.
Moi l’aventurier!

Mon peu d’argent au « noir », et mon air de paumé
Ont dû s’apercevoir par des anciens bagnards
Je me suis bien fait avoir par ces aventuriers.
Moi l’aventurier !

Je suis un fauché, pas un aventurier.
On me l’avait bien dit
De ne pas quitter Paris.

Et quand enfin plus rien, n’ayant plus de moyens, 
Que j’ai dû chercher simplement à manger,
Il a fallu que j’aille chercher du travail.  Aïe aïe aïe!

Et soudain mon cerveau a repris sa fonction.
Je n’ai plus eu besoin de tous ces grands malins.
Pour mener ma vie d’homme, il ne fallait que moi,
Sans d’autres personnes.  

La guitare ou banjo, la manche dans les bistrots
Et je rêve ici des filles à   Paris 
 Ici  aux Antilles  

  Moi l’aventurier.

lundi 18 février 2019


Le soleil et mon cru

Sûrement que de ce récit autobiographique me reviendront des souvenirs pour apporter plus de précisions de ma métamorphose en créateur d’arias, mes chansons avec leurs orchestrations, plus en recherche de vérités que de gains par mes restos…Et devenir « Instincto » ...  À savoir, ne plus me nourrir de la manière classique ; de ne plus cuire mes aliments (les explications viendront ultérieurement) …Suite à ces changements, malgré nos deux enfants, notre couple chavira après vingt ans.   Mon épouse décida de vivre avec son thérapeute.  Ah, ce cher Michel V., amoureux des beaux yeux d’Hélène, plein de zèle, qui passera quelques soirées chez nous pour m’aider à matérialiser un appareil que j’avais imaginé – suite aussi à mes réflexions quant à la santé en général et nos habitudes parfois à son détriment -, un genre de compteur Geyser sous forme de montre bracelet.  Je le baptiserai « Phosomètre ».  Ce gadget devait informer son porteur - bien sûr de l’intensité du rayonnement   solaire qui, on le sait, peut être dangereux, - et là ça n’apporterait rien d’innovant –, mais surtout que s’il résidait et travaillait habituellement dans des lieux privés de soleil, il ou elle pouvait, grâce à cet objet, prendre conscience de son manque et y remédier au bénéfice de sa propre santé, en s’y exposant le plus possible.
Ce Phosomètre fut réalisé en 1987, mais c’est sous l’insistance d’Hélène (qui depuis lors, vit avec ce génial partenaire), que j’irai présenter enfin cette invention au 19ième Salon des Inventions et Techniques nouvelles de Genève en avril 1991.  Surprise : le jury m’octroie une médaille de bronze.  France Info commentera toute la journée cette montre.  Comme convenu, ma part de travail accomplie, ayant pris à Genève les contacts pour que cette invention puisse intéresser des fabricants et distributeurs, je laisse le soin à Hélène, la femme d’affaires, et Michel, le médecin, de poursuivre les investigations pour concrétiser notre projet.  Ils étaient mieux armés que moi pour les éventuelles transactions que cela allait susciter.   Je ne suis plus un homme d’affaires, mais un artiste avec sa guitare, son bateau sur lequel Jean-Lou le skipper m’attend impatiemment en Guadeloupe pour le grand départ.
Et de toute façon, d’après moi, rien n’est mieux qu’une chanson pour pénétrer l’inconscient collectif.   Sur des jolies notes, je pense qu’on retiendra mieux les quatre bienfaits du soleil :    pour la peau, le sang, les os, le système nerveux et qui déclenche la bonne humeur.

Avec un ami reporter:
- Comment t’est venue cette idée ?

-  Je cherchais à comprendre les différentes causes des maladies et, plus particulièrement, celle de ma femme.  L’oncologue n’avait pas été très enthousiaste en examinant le dossier clinique de mon épouse.  Septicémie qui risquait de tourner en leucémie et alors deux à trois ans d’espoir de vie.  « Trouver la cause », disait Hippocrate. Le manque d’exposition au rayonnement solaire en était une aussi.

- Est-ce aussi une des raisons radicales de ton nouveau régime alimentaire ?

- Certes et pour moi, le restaurateur, qui ne mangeais plus du tout de plats cuisinés, même si mon corps s’en portait mieux, les rapports avec mon épouse n’ont fait que se détériorer.  Un couple, ça peut être une prison psychologique pour l’un des conjoints.   Ce médecin amoureux était sûrement ce qu’il y avait de mieux pour elle.  Je n’étais plus ce jeune homme ambitieux qui l’avait épousée vingt ans plus tôt, mais un guitariste avec des chansons plein la tête.  Plus du tout l’âme d’un commerçant, ce qui la rendait d’autant plus inquiète. 
Un exemple : cette chanson qui aurait pu accompagner le Phosomètre.  Pour France Info elle aurait été la meilleure réponse à leur interview, mais je ne l’avais pas encore composée. 


Arrangement feu Gérard Sabbe
guitare solo Jérôme Munafo 

Soleil où es-tu ? Soleil que fais-tu ?
Toute la nuit, les pas de l’ennui
Cadencent le cri des amants déchus
Les yeux un peu flous cherchent dans le vague
La dernière drague.  Soleil reviens-nous !

Soleil où es-tu ? J’ai perdu ta trace et ma peau se lasse
Soleil que fais-tu ?  Que grand bien me fasse de revoir ta face

Soleil où es-tu ? Soleil que fais-tu ?
Les taxis s’effacent, leur dernier office
Et cèdent la place aux tramways complices
Déjà dans la ville les bruits se faufilent
Des premiers chantiers on entend chanter :

Soleil où es-tu ? J’ai les os tout froids, chauffe mon émoi
Soleil que fais-tu ? Ta lumière en moi c’est mieux que mon toit!

Soleil où es-tu ?  Quand tu n’es pas aux cieux,
Je me sens nerveux.  Soleil que fais-tu ?
Tes rayons gracieux ça me rend heureux !

Soleil où es-tu ? Soleil que fais-tu ?
Sans ton puissant feu, plus le moindre jeu
Le stress et l’angoisse, ce serait l’impasse
Si tu te prélasses, oubliant le jour
Alors de guerre lasse, s’éteindrait l’amour.

Soleil où es-tu ? Comble mon bonheur, fais rire mon cœur.
Soleil que fais-tu ? Donne l’énergie, donne-moi la vie.

samedi 16 février 2019

Haïti,  Haïti...Les séismes n'y changent rien! 

Tremblement de terre à Port au Prince le 12 janvier 2010.
+ de deux cent mille victimes

Un clic sur ce lien pour écouter cette chanson
Les guitares de Jérôme Munafo.





Port-au-Prince
12 janvier 2010
Intro guitare

La terre  a tremblé vibrante de colère
Cités effondrées  des corps empierrés
L’action humanitaire  accourt du monde entier
Faut-il de tels séismes   pour lever les frontières ?
Refrain
À Port-au-Prince on pleure son trop plein de souffrance
La terre ici  assume seule la faute
Tout juste veulent-ils mourir  rejoindre dans la tombe
Tous ces amis perdus où régnait tant d’enfance


Dans ce chaos sans bruit  on suit le chien ça change
Sauvera-t-il quelques vies avec un peu de chance
Entre morts et vivants ça diminue la peine
Ni prêtre ni fossoyeur on inhume soi-même

À Port-au-Prince on pleure son trop plein de souffrance
La terre ici  assume seule la faute
Tout juste veulent-ils mourir  rejoindre dans la tombe
Tous ces amis perdus où régnait tant d’enfance

De ce tableau fatal  qui frappe les esprits
Entre le bien le mal quel est le juste prix
Après les chiens dociles  les loups reprennent la ville
Bien sûr  quelques familles  choisiront l’exil !

À Port-au-Prince on pleure son trop plein de souffrance
La terre ici  assume seule la faute
Tout juste veulent-ils mourir  rejoindre dans la tombe
Tous ces amis perdus où régnait tant d’enfance

Epilogue :
Aux rares miraculés  échappés de ces ruines
Votre nouvelle vie  en vaut deux ou trois mille
Que viennent à vous ces âmes devenues orphelines
Qui vous donneront la force  de rebâtir la ville
Port-au-Prince…
Port-au-Prince…


vendredi 15 février 2019


Juste pour terminer.  Cette escale, plus longue que prévue, offrit l’occasion à Jean-Lou d’aller plonger pour faire la réserve de poissons.   Il refit surface avec deux langoustes et un mérou, mais complètement sonné, en vociférant de rage contre des crapules qui pêchaient à l’explosif.  Hélas, ce citadin* qui m’imprégnait encore, n’aura pas le loisir de déguster ces mets de luxe!

 *Moins de quarante-huit heures avant, j’étais encore en France, plus exactement à Le Peck (petite commune qui vit naître Jacques Tati, dans les Yvelines, à l’ouest de Paris à côté de Saint-Germain-en-Laye où domine l’ancien château de Louis XIV avant que ce dernier ne transféra sa Cour à Versailles) et déménageais mes affaires du pavillon que j’occupais depuis plus d’un an.
 Le Spirit of Sindbad, après réfection, avait été mis à l’eau le lundi six juin 1988, le jour de mes quarante-six ans, à la Marina Bas-du-Fort de Point-à-Pitre en Guadeloupe.  Tandis que Jean-Lou garderais le bateau, j’étais revenu à Paris pour liquider la faillite de mon restaurant « Le Pacific Fruits &Music », situé dans le quartier de Beaubourg, au 8 rue Brantôme (IVème Ar.) – C’est une autre histoire, j’y reviendrai -    Seulement, depuis trois mois, sans plus la moindre nouvelle de Jean-Lou, je commençais sérieusement à m’inquiéter…surtout que la Guadeloupe avait été ravagée par le cyclone Hugo.  Le cotre aurait-il été détruit avec Jean-Lou et Céline, sa nouvelle compagne ?   Mais il y avait eu ces rumeurs qu’ils étaient partis voguer pour leur lune de miel vers Saint-Martin, et cela me rassura quelque peu au sujet du bateau.  N’empêche que depuis trois mois, c’était le silence.  Le seul lien possible pour Jean-Lou de m’atteindre est le téléphone fixe du bungalow.  À l’instant même où j’allais arracher la prise pour restituer l’appareil à la régie, celui-ci se mit à sonner.  C’était Jean-Lou !  À cours d’argent sans doute.   Il n’eut pas le temps de m’en demander, « J’arrive où es-tu ? »  Le surlendemain, je posais mes pieds sur le tarmac de l’aéroport de Nassau.  Spirit of Sindbad mouillait juste dans le canal, face au Club Med.   Delà nous décideront de mettre le cap vers Miami… et cette première escale à trois miles au Nord…  Et ce chien seul sur cet îlot.  
                                   

En effet, un voilier, battant pavillon allemand, avait jeté l’ancre près du Spirit of Sindbad.  Le couple accepta, avec un air un peu dubitatif, le troc que Jean-Lou proposait : sa précieuse pêche contre quatre cannettes de bière fraîche, une boite de saucisses de Francfort et un peu de moutarde. Effaré, que pouvais-je dire, c’était sa pêche ? La joie pour le Suisse qui déglutit ces merguez teutonnes qu’il enrobait de moutarde, me faisait penser à Marcel Proust et cette madeleine trempée dans sa tasse de thé qui lui rappelait ce moment de délectation dans sa jeunesse.  
Oui, comme énoncé dans la chanson « Le Curé de campagne », ce petit village de Corroy-le-Grand avait repris vie, après les deux vagues de désertion de ses jeunes habitants actifs.   La première remontait à la fin du 19ième Siècle, quand, le cœur léger, ils s’exilaient vers les Amériques ; l’autre après la Deuxième Guerre Mondiale et l’essor de l’urbanisation des grandes villes.  Il faut aussi tenir compte des disparus, victimes des deux grands conflits meurtriers qui ont ébranlé l’Europe. Et, à retrouver les nombreuses douilles de cartouches qui jonchaient les bois tout autour en 1948-1950, nous les enfants, pouvions imaginer ces combats guerriers.   Cette bourgade pittoresque aura vite suscité l’engouement des nouveaux résidents que provoqua l’édification fin des années soixante de la cité universitaire de Louvain-la-Neuve à proximité, créée pour des raisons linguistiques, où les cours pouvaient se donner en français, contrairement à Louvain- « l’ancienne », culturellement flamande convaincue.
 La modeste petite école primaire, autrefois composée d’une classe pour les filles et une pour les garçons, et chacune disposant de sa cour de récréation.  Je fus l’un de ses écoliers, assis   dans la rangée des bancs de première et deuxième année.    Actuellement, encadrée par une équipe de jeunes enseignantes enthousiastes, cette petite école s’était complètement dynamisée, agrandie à l’arrière avec de nombreuses classes, une grande cour de détente commune aux filles et garçons pour accueillir quelques centaines d’enfants de trois à douze ans.  Par un bel après-midi de printemps, avec la guitare, j’étais venu présenter cette chanson « Le curé de village » au moment de la récréation.  Hélas, ni les gosses, ni les adultes ne pouvaient vraiment comprendre ma démarche : rappeler l’histoire de ce village, de sa petite école et de son curé de campagne des années cinquante!

Fallait-il revenir méditer ici, sur ce chemin de campagne, après quatre décennies pour que me vienne cette illumination, cet état de conscience transcendant pour trouver une réponse …vouloir comprendre pourquoi tout ce mal que provoquent les hommes ?

Soudain,  hallucinerais-je?,  je vis de la poussière d'or  enrober Frank,  mon berger allemand qui me précédait, et  cette réponse qui me tomba de Dieu sait où: 


" L'ennemi c'est ma puissance, l'amitié ma récompense!" 

(Sur une musique de Jean-Marie Dorval) :

Exode africa


Le Mal et le Bien
Héros et terroristes 


Un clic pour écouter cette chanson

..

Sur une Musique de Jean-Marie Dorval qui m'inspira ces mots en 1999:


Le Mal ou le Bien 

C’est une vieille histoire
Le Mal ou le Bien
Fin d'un millénaire
Et toujours ce refrain

Des hommes sur des routes
Qui ne mènent à rien
Parce qu’ils ont des doutes
Est-ce mal ou bien

Combien de ruptures
Complices du Malin
Croyant être pures
Ont fait pire que bien

Est-ce bien ou mal
Question de maintien
Ou réponse fatale
Qui fait mal aux seins

Là-bas pas très loin
Ils quittent leurs biens
Envahis de haine
Alourdit leur peine

Que répondre à ça
Plus en plus de soldats
Défilent dans ce bal
Font-ils bien ou mal

Armée qui fait mal
Armée qui fait bien
On choisit son camp
Ou on fait semblant

Est-ce plus mal encore
Question de faire bien
Toute façon les morts
Ne nous diront rien

jeudi 14 février 2019


-      Ola Jojo !  Tout cela devient hard.  D’abord ton titre « J’avais tout faux » où tu parles de ton épouse qui aurait trois ans à vivre…que fou de douleur, comme un limier tu te lances à la recherche pour trouver les causes de sa maladie…On peut comprendre que tu fasses un bond depuis ta naissance pour un peu te décrire : les bombardements à Bruxelles pendant l’occupation allemande,  le voyage en train vers le Portugal,  avec les croquis dessinés par ton père, de l’implantation de cette usine réquisitionnée par la Luftwaffe dans tes couches culottes… le  retour après la guerre de ta mère avec toi et ton frère et ce mauvais passage à Nivelles …les mômes qui sautent du vicinal à vapeur à Corroy-le-Grand pour se précipiter à la ferme de  la marraine Esther…et puis il y a l’Harley et maintenant cette île des Caraïbes avec un chien « Robinson Crusoé »… 

-      Voilà, nous y sommes !  C’est peut-être ici que le titre « J’avais tout faux » pourrait prendre sa source…que j’aurais dû me rendre compte de l’une de mes premières erreurs :  cette faiblesse de ne pas croire en mes propres capacités sur mon propre bateau dont un autre, véritable mythomane, profitera.    Déjà par le nom « Spirit of Sindbad », nom que Jean-Louis Buclain, baroudeur des mers, me proposa et que je n’avais pas réfléchi aux conséquences.  Nous y reviendrons …Juste ce petit passage sur cet ilot à quelques miles de Nassau dans les Caraïbes et ensuite je reviendrai sur ma piste : à la recherche des causes de la maladie. 

  



 René et moi, nos vacances d’été à la fermette de marraine Esther…
« - Vous voyagez avec des femmes !...

Et en cette fin des années quarante sur le petit quai de Corroy-le-Grand, des moments de bonheur qui se renouvelleront chaque été, aux grandes vacances jusqu’à notre adolescence.   
  La voie ferrée du tram vert, venant de Chaumont-Gistoux, tirée par la petite locomotive à vapeur (plus tard l’autorail jaune diesel), longeait le ruisseau, baptisé « le Train » qui coulait à moins de 20 mètres du porche de la fermette.  Nous sautions avant l’arrêt pour nous précipiter dans les bras rugueux de marraine Esther, septuagénaire, l’aînée d’une fratrie de douze enfants dont Georges, notre grand-père (que nous n’avions pas connu), en était le cadet.  On s’empressera de découvrir la basse-cour, les poules, les agneaux gambadant, les petits cochons à peine nés et les vaches paisibles occupées à ruminer.

 Vers mes vingt ans, ayant acquis une Harley Davidson (elles se vendaient pour rien à l’époque, venant des stocks de la gendarmerie qui les remplaçait régulièrement), accompagné de Lydia, ma fiancée, nous sommes descendus à Corroy-le-Grand.

   Les deux grands-tantes, Esther et Élise, devenues veuves, vivaient ensemble.  Hélas !  Alzheimer pour Esther qui fit visiter gentiment le potager à ma compagne.  Par contre la tante Élise, je ne l’avais pas encore dit, avait gardé son mauvais caractère.
« - Vous voyagez avec des femmes !, s’exclama-t-elle, comme seul bonjour.  C’est vrai qu’elle pouvait m’en vouloir.  Au moins cinq ans sans ne plus aller la voir, l’ingrat que j’étais, malgré tout l’amour qu’elle nous prodigua à René et moi quand nous étions des mômes.

  Mauvais caractère,  depuis sans doute que feu son mari, notre oncle Richard Dorval, qui nous adorait ;  qui nous offrait des jouets, fabriqués de ses mains ;  qui nous portait sur ses épaules jusqu’à la Grande foire du Midi,  ou, nous emmenait en tram,  jusqu’à l’Hippodrome de Boitsfort -  gérant de l’agence Rossel ( comptoir pour les  paris sportifs, football et  courses hippiques),   rue Théodore Verhaegen à Saint-Gilles –  cet homme que nous aimions tant, suite à une aventure extraconjugale ! Qu’est-ce qui peut passer dans la tête d’un homme pour tromper une femme pourtant si belle?     Tout en continuant à vivre ensemble sous le même toit, nous souffrions de cette ambiance glacée, sans la moindre conversation, sauf parfois quelques mots haineux.  J’avais quinze ans, en interne au Collège Sainte Gertrude à Nivelles, occupé à chanter sur la scène dans le réfectoire, transformé en salle de fêtes, devant les frères-abbés- professeurs et les élèves réunis :

« Quoi de plus doux de plus tendre que le cœur d’une maman 
/ Qui donc sait mieux nous comprendre, consoler tous nos tourments »,

lorsqu’apparurent ma mère et mon père pour annoncer le décès d’oncle Richard.    Âgé de soixante-trois ans, ce sosie de Sacha Guitry, disparu depuis quelques jours, fut retrouvé à la morgue de l’hôpital Molière.  Sa maîtresse l’y avait conduit mourant.   Qu’est-ce que j’ai pleuré alors !  Peut-être un peu pour ce gentil oncle et parrain de Claudine, la petite sœur, mais surtout suite à l’émotion de cette maman qui entrait à l’improviste pendant mon interprétation de cette chanson.

Un chien seul sur une île déserte !

 C’est vrai, qu’on peut être ingrats, nous les enfants. Combien d’années étaient passées sans que j’aille voir cette vieille tante avec un petit bouquet à la main !

  Non, fier comme un gendarme se pavanant sur sa moto rutilante et en plus avec cette créature trop maquillée au goût de l’octogénaire, j’arrivais à l’improviste!   Je dois préciser qu’on n’usait pas du « Tu » chez les Fronville.  Trente ans plus tard, il m’arrivera de balader mon chien dans ces lieux où s’étendaient les champs de blé à perte de vue, qu’au loin des rangées de peupliers semblaient vouloir délimiter.  Gentils souvenirs aussi, ces dimanches après-midis après les vêpres où Monsieur le Curé, comme le disait avec respect les villageois d’alors, conduisait les enfants sages du village, en remontant d’abord la vieille chaussée romaine jusqu’aux chemins de terre des environs, pour nous plonger avec délice dans cette immense mer de blés d’or vibrante sous le vent. Près des meules de foin nous jouions à cache-cache en taquinant Bobette, la seule fillette qui avait eu l’audace de nous accompagner.  Du curé de campagne, je composerai au début des années quatre-vingt-dix une chanson sur une petite île déserte des Caraïbes ; et une autre juste après : « le Paumé ».   Car il fallait l’être pour imaginer une telle complainte, sur une plage où j’avais décidé de passer la journée pour récupérer un chien abandonné.

-      Ola Jojo !  Tout cela devient hard.  D’abord ton titre « J’avais tout faux » où tu parles de ton épouse qui aurait trois ans à vivre…que fou de douleur, comme un limier tu te lances à la recherche pour trouver les causes de sa maladie…On peut comprendre que tu fasses un bond depuis ta naissance pour un peu te décrire : les bombardements à Bruxelles pendant l’occupation allemande,  le voyage en train vers le Portugal,  avec les croquis dessinés par ton père, de l’implantation de cette usine réquisitionnée par la Luftwaffe dans tes couches culottes… le  retour après la guerre de ta mère avec toi et ton frère et ce mauvais passage à Nivelles …les mômes qui sautent du vicinal à vapeur à Corroy-le-Grand pour se précipiter à la ferme de  la marraine Esther…et puis il y a l’Harley et maintenant cette île des Caraïbes avec un chien « Robinson Crusoé »… 


-      Voilà, nous y sommes !  C’est peut-être ici que le titre « J’avais tout faux » pourrait prendre sa source…que j’aurais dû me rendre compte de l’une de mes premières erreurs :  cette faiblesse de ne pas croire en mes propres capacités sur mon propre bateau dont un autre, véritable mythomane, profitera.    Déjà par le nom « Spirit of Sindbad », nom que Jean-Louis Buclain, baroudeur des mers, me proposa et que je n’avais pas réfléchi aux conséquences.  Nous y reviendrons …Juste ce petit passage sur cet ilot à quelques miles de Nassau dans les Caraïbes et ensuite je reviendrai sur ma piste : à la recherche des causes de la maladie.  




  En effet, à bord du Spirit of Sindbad au mouillage la veille, à l’abri du vent pour passer la nuit, en scrutant la mangrove aux jumelles, mon regard fut attiré par une petite croix plantée dans le sable.   Ma curiosité évidemment m’y conduira voir pourquoi.  Sur ce symbole était planté un petit écriteau, demandant de donner à boire et à manger au « lonely dog ».   Effectivement, on pouvait apercevoir tout autour des traces de pattes de chien.  Le lendemain matin, je demanderai à Jean-Loup, le marin, de me laisser sur l’île.   Pas question de lever l’ancre sans avoir essayé d’attraper cet animal.  Avait-il survécu à un naufrage ou simplement sauté par-dessus bord d’un bateau ?  En tous cas, quelqu’un de bien intentionné avait mis cette pancarte. Mais pourquoi n’avait-il pas ramené le chien ?  Je le comprendrai plus tard.  À moi de jouer pour la suite, sans pouvoir compter sur l’aide du skipper qui détestait les clebs domestiques devenus totalement dépendants des hommes, « - Alors qu’il y a tant d’enfants qui meurent de faim », disait-il.
 Pour passer le temps, peut-être toute la journée à guetter le quadrupède, la guitare serait une bonne compagne.  En quelques accords, à l’ombre de la mangrove, sur cette plage des Caraïbes, cette chanson est née.
(Hélas, impossible de récupérer le chien !  Revenu au bateau à la nage, laissant la guitare sur la plage, je viendrai plus tard la chercher avec le Zodiac.  Aux jumelles, du bateau, j’ai pu apercevoir le chien venu renifler et lever la patte sur l’instrument à cordes.  C’était un Dalmatien - mâle, vous l’aurez deviné ! -  qui ne voulait plus approcher les humains ou le bateau, et / ou, plus sûrement, cette association des deux.) 

Le  Curé du village





J’ai beau avoir passé l’âge    Je me souviendrai toujours
Du bon curé de village     qui nous sortait du bourg
C’était après les vêpres le dimanche bien sage

Sérieux tout en prière, on aurait dit des anges
Pourtant un peu gaillards   quand il était en retard
On se partageait l’hostie   derrière la sacristie
C’était le corps du Bon Dieu   qui avait-il de mieux ?

Le bon curé de campagne   nous emmenait au loin
Jusqu’au pied de la montagne   le plus petit par la main
Il parlait du Bon Dieu de Jésus, de Marie
Perplexes mais bien curieux   de celle qui fut bénie
Car nous un peu canailles    on se cachait dans la paille
On taquinait les filles    avec des brins d’orties
Nous étions des enfants    encore bien innocents

En bicyclette parfois    derrière le pèlerin
Pédalant à tout va    à travers les chemins
Quand on voyait une croix    exprimant notre foi
On se mettait genoux à terre   on récitait le Pater
Mais nous les polissons    qui parlions au Bon Dieu
On dégonflait les pneus    de l’homme de religion
Et puis en confession    c’était la punition

Bien des années plus tard    je suis retourné voir
Toujours les mêmes vieux    mais un peu moins de Bon Dieu
Les enfants sont partis    sans le moindre sursis
Vers les banques, les usines…    Ils sont partis à la ville
L’école abandonnée   l’église dépenaillée
C’était la décision    des agglomérations
Toutes les portes fermées    je dérangeais l’émission

Et puis encore plus tard    je passai par hasard
Dans le petit village    et quel heureux présage
Comme le cycle des saisons    les petites habitations
Hébergèrent de nouveau    de tout- petits poupons
Des enfants dans les cours    on ressentait l’amour
Je crois que le Bon Dieu    est revenu un peu
Il ne manque que le curé    pour les emmener au blé

Il y a encore au monde    beaucoup de petits villages
Où des petits vieux attendent    fidèles à cette image
Du bon curé de campagne    nous emmenant au loin
Jusqu’au pied de la montagne    le plus petit par la main.
Le plus petit par la main.