dimanche 28 février 2021

                                                         Requiem Gainsbourg

Un clic sur ce requiem pour l'écouter


Bigre, comme ça va vite !  Trente ans déjà, la disparition de Serge Gainsbourg.  France 3, nous avait offert, ce vendredi 26 février 2021 en soirée, un film documentaire de sa vie, où nous découvrirons un homme doux et tendre, respectueux de ses parents et de ses quatre enfants ; en fait,  tout le contraire de l’acteur sur la scène médiatique.      Le 2 mars prochain, on lui rendra certainement un hommage pour les trente ans de sa disparition.  Du coup, en remontant encore de deux mois, me voilà méditant sur quelques souvenirs où, vu que c’est ma propre histoire qui se veut, autant bien faire que se peut, s’inscrire dans la grande Histoire, mon imagination, mon désir de voir mes rêves se réaliser peut-être...et me vient alors cette conviction que toute réflexion, pensée émane de l’Univers et donc est une réalité parfaitement objective.  D’un Serge Gainsbourg à un Yves Montand qui m’avait téléphoné...Oui, l’un des rares et non des moindres qui réagît à l’un de mes textes, un poème de cent vers pour le dire : « Il n’y a pas d’ordre pour faire la guerre », déposé dans sa boite postale à Saint-Paul, dans la nuit du 4 au 5 janvier jusqu’à un certain 3 mars de la même année, à savoir 1991, où vers quatre heure de l’après-midi,  assez satisfait d’avoir enfin mis en musique et synthétisé en chanson ce poème déposé préalablement à Saint-Paul, chez Yves Montand, j’allume la télé pour me détendre.  La première image qui apparait sur l’écran, c’est l’annonce de la mort de Gainsbourg.  J’avais cru entendre une rumeur dans laquelle ce dernier prédisait sa propre mort après cette « Troisième guerre mondiale » *.       Du coup, vu la facilité avec laquelle cette chanson fut créée à l’instant, je me suis dit, que cela ne pouvait provenir que d’un autre esprit qui, avant son départ dans l’au-delà, m’aurait transmis son message...Et j’ai pensé à Gainsbourg.  

  *Pour la petite histoire :  Fin des hostilités et victoire des Alliés, qui viennent de libérer le Koweït   le 28 février 1991.

Il faut se rappeler l’inquiétude des Médias à l’époque.  On parlait d’une troisième guerre mondiale.  L’armée irakienne avait envahi cet Émirat sous les ordres d’un Saddam Hussein qui semblait bien sûr de lui.   Quel arsenal de destruction possèderait-il,  qui lui permettait de narguer les Forces alliées  rassemblées dans le désert, prêtes à intervenir?  

Requiem Gainsbourg

Un clic sur ce requiem pour l'écouter



Ah, ces folies de l’humanité !

 N’allez pas crier victoire
Parce qu’une guerre est terminée
 N’allez pas chanter la gloire
Même si on se croit du bon côté
N’allez pas pousser ce cri
De ceux qui pensent avoir raison
N’allez pas croire que l’autre religion
Soit la mauvaise parce qu’on l’a dit


Ah, ces folies  de l’humanité
Aux disparus qui ont résisté
Mais aussi la neutralité
Se cachant derrière l’épais brouillard
Du faire semblant de ne pas savoir
Aussi à ceux qui se prétendent
Dans  le défilé des pacifistes
Mais qui n’hésiteraient pas à pendre
Le premier venu à l’air fasciste


N’allez pas faire les vaniteux
Comme si c’était gagner un jeu
L’orgueil est là, c’est comme un rat
Qui ronge l’Homme sous son drap
C’est toujours lui, oui cet orgueil
Qui s’accroche en forme de médaille
Et suit nos morts sur leur cercueil
Comme s’il pouvait rendre l’éveil


Ah, ces folies de l’humanité
Qui  président à nos destinées
Et qui prétendent fondant les lois
Que le passé est la seule foi
Penser plus loin on ne le peut pas
Sacrifiant leurs fils sur la croix
Sourds et jaloux brisant les mères :
La concurrence de l’éphémère
Adolescent encore qui croît



Ah, ces folies de l’humanité
Qui peignent en noir toute l’Histoire
Brimant le rire comme un péché
Poussant l’enfant au désespoir
Face à l’absurde du Savoir
Marchez dans le rang sans protester
Et vous serez récompensés
Surtout ne pas imaginer
Pouvoir changer la société


Mais son déclin inévitable
Démocraties au ton affable
Par l’habitude trop confortable
Mène l’inconscience de la bonne table
Repus de chairs et de vins chers
S’endorment dans l’antre du cancer
Confiant leur sort aux militaires
Ne savent même plus aimer la Terre


Ah, ces folies de l’humanité
À ceux qui n’osent plus partir
À cause de ça, ne peuvent plus aimer
Parce qu’ils ont peur de mourir
Mais, sans cela comment venir

L’éternité ce n’est pas la joie
Laissons cela aux écritures
Encore faut-il qu’on ne les brûle pas
Que des ignorants clament l’imposture


Pour moi la seule qu’il faille bannir
C’est d’accepter « je dois tuer »
Surtout pas d’ordre pour faire périr
Alors viendra la Vérité
Que tous les hommes s’acceptent entre eux
Chacun ayant reçu des cieux
De protéger l’humanité
Suffit d’un peu les écouter…les écouter
Écoutez


 

 

 

« - Pourrais-je parler à Georges Salles...ici Yves Montand… ». 

 

« - N’abandonner surtout pas, vous avez du talent » disait la voix chantante à l’accent du Midi de ce géant de la chanson. Je rentrais à l’instant des Alpes maritimes, en franchissant la porte d’entrée, la sonnerie !  Juste le temps de décrocher.

  Du talent !!!  Mais, où cela m’avait-il mené ?   Si j’en avais vraiment, cela se saurait, me cria Martine, lors d’une dispute avant de nous séparer définitivement.    D’un côté le plus et de l’autre le moins.  Le problème, on apprend ça sur les bancs du collège : + x - = -.  Un Montand qui ne m’aurait jamais encouragé, sûr que je serais rentré dans les rangs, comme un bon petit commerçant bourgeois sans trop d’ambition et Martine serait toujours à mes côtés : - x - = + ;   ou alors, si Martine avait apprécié mes textes et mes interprétations en m’encourageant : + x + = +.  Pour un artiste la présence complice de la compagne ou du compagnon est, du moins dans mon esprit, essentielle à son épanouissement.  La vie en a donc décidé autrement.  

 

Oh, je ne suis pas à plaindre plus que les sept (bientôt huit) milliards de Sapiens - à moins que cette pandémie face descendre la barre d’un ou deux billions de cette espèce polluante qui a envahi la Terre :   je vis dans le Haut de Corse.    La misère c’est moins pénible au Soleil, selon Aznavour qui lui, par contre, n’avait jamais daigné me répondre.  Je ne m’étais pas contenter d’envoyer un chèque pour l’Arménie, suite au tremblement de terre en fin 1987, mais d’un poème : « A comme Arménie ».  L’important est d’écrire une chanson, me répondit-on de son studio.  Ce à quoi je rétorquais : « Non, l’important est d’écrire la chanson !  Certes à préciser, ce n’était pas le grand Charles qui m’aurait contredit. Les subalternes – oui, j’affirme, ils le sont dès qu’ils freinent l’élan vital, d’aller l’Un vers l’Autre.  Enfin, ce texte me servira par la suite lors du séisme à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010 qui fera six fois plus de victimes.      Pour en revenir à l’Autre, celui d’un mètre quatre-vingt-sept qui lui me donna son temps, - et quel privilège pour moi un « Montand » qui me donna son temps ! -,   c’est vrai, qu’à l’annonce d’une éventuelle Troisième guerre mondiale, de ma main tremblante et angoissée, ces lignes accouchèrent suite à la vision des armées alliées dans le désert, qui attendaient l’Ultimatum du 15 janvier lancé par le Président H.W. Bush, avant de se jeter à l’assaut des soldats irakiens.  Je me trouvais justement cette nuit dans l’appartement d’Isabelle ma compagne, infirmière de garde à l’hôpital d’Antibes pas très loin de Saint-Paul. Isabelle je l’avais connue au Costa Rica.  Elle profitait alors de vacances bien méritées sur le voilier de sa sœur et, quand deux bateaux se rencontrent, ça peut faire des belles histoires d’amour !*

 

 

 Mon cotre alu, dériveur intégral, le "Spirit of Sindbad", mouillait dans la baie de Golfito, un lagon où un petit bout de l’Océan Pacifique venait se reposer.

 *Ou du dégât : En juin 2005 en face du Surinam, la nuit, un cargo fantôme  le percutera par bâbord  et,  adieu mon beau bateau...Ohé ohé!

  Isabelle fait sa nuit à l'hôpital, il est deux heure du mat.  Ce quatre janvier qui vient de passer me rappelle  la mort en 1960 du lauréat du prix Nobel de littérature 1957: Albert Camus,  et du fils Gallimard dans la Facel Vega, sans doute victime de son succès contre un platane jaloux.  Le fait de penser à l'auteur de "La Peste",   me donna l'envie de prendre mon bloc et d'écrire pour passer le temps, attendant mon amie.  Je ne savais  pas vraiment quoi.  Camus je l'avais aperçu une fois  dans le restaurant de mon père, le Mouton d'Or, petite rue des Bouchers à Bruxelles.  Oui, entre mes cours à l'Athénée d'Ixelles, vers mes 16-17 ans, à l'heure du midi, je courais d'une table à l'autre servir la centaine de plats du jour aux clients habitués ou curieux de connaître Lucio, ce petit Portugais, fier de son slogan: " Manger portugais dans le plus parisien des restaurants bruxellois".  Ben oui! Européen avant l'heure, mon père ce héros au sourire si doux...Ah, si en plus il y a du Victor Hugo dans l'air, qu'attends-tu pour prendre ta plume?  Mais j'avais quand même allumé la télé.  Sur le petit écran, la caméra de France 2 nous montre un jeune militaire français interviewé.  Ce dernier, encouragé par le reporter-journaliste, enverra un petit coucou de la main à son fils de quatre ans.   Ce qui me frappait c’est qu’Il n’avait pas l’air de prendre conscience du danger.  À moins que...mais con je suis ! Bien sûr qu’il devait respecter la consigne,  se montrer décontracté !   Tout de suite un flash : « Cent vers pour le dire:  Il n’y a pas d’ordre pour faire la guerre! ».  (À propos au sujet de ce poème écrit dans un état second:  à peine terminé , par curiosité je comptai les lignes; il y en avait exactement cent)Et, en joignant une K7 de laquelle on pouvait entendre deux de mes chansons : « Un Homme c’est naturellement bon, et Halabjã, arrêtez ça ! » (P.R. Ville Kurde près de la frontière iranienne qui fut gazée en mars 1987 par des bombes chimiques qui éliminèrent toute la population sous les ordres de Saddam Hussein).  Hélas, le grand acteur dont la célébrité aurait eu plus d’impact pour chanter la Paix que moi, l’inconnu du régiment des Médias, m’annonça, aussi qu’il ne chante plus!    Dommage, mais tout de même.  Je m’étais juré aller à sa rencontre plus tard.  On ne sait jamais, dès fois qu’il changerait d’avis, ou qu’il puisse m’introduire dans son milieu...Mais le grand Montand était monté au Ciel quelques mois plus tard, en novembre.

  À quarante-huit ans,  l’annonce d’un décès d’une personne à peine septuagénaire, on pourrait se dire que c’est presque normal;  et aussi ne pas trop s’étonner d’apprendre le 3 mars 1991, qu’un grand fumeur de gitanes et buveur de whisky   de soixante-et-un an, Serge Gainsbourg, nous avait quitté la veille.  Je fais ce lien entre ces deux célébrités françaises de la chanson et du cinéma qui m’avaient, bien malgré eux, inspiré, ou plutôt me faire croire à ce hasard, la forme discrète que Dieu prend pour donner la chance aux humains selon Marc Lévy – je ne sais si c’est de lui, mais c’est transcrit dans son dernier ouvrage « C’est arrivé la nuit » et j’avais justement les yeux suffisamment ouverts à ce moment sous ma lampe de chevet pour me laisser imprégner par ce genre de message - .  Le hasard, bien sûr !  Encore à l’instant présent où j’écris ces lignes, dont je ne sais à quel saint (lecteur) les soumettre. Que me dicte donc mon âme, mon inconscient, mon subconscient ?

 (Tout en pensant à l’ange exterminateur nommé Covid-19, moi et mes soixante-dix-huit balais; quand viendra-t-il me chercher ?  Aurais-je enfin quelque chose d’utile à faire sur cette planète ou suis-je encore trop mauvais pour qu’il m’emmène? C’est vrai que souvent les grands esprits partent jeunes : Jésus, Pascal, Mozart, Rimbaud, Boris Vian  etc.)

     Nous sommes samedi 27 février 2021 à 14 H. approximativement.    Je viens de taper ces lignes.   Mon estomac me rappelle à l’ordre du jour et, tout en me préparant de quoi combler ma faim, j’allume la télé (Oui, toujours cette télé!)  et apparait sur France 3, Yves Montand chantant « À Paris, quand un amour fleurit / ça fait pendant des semaines. deux cœurs qui se sourient / tout ça parce qu'ils s'aiment  à Paris…» Dingue !  En plus, ce fut d’autant plus intense mes battements du cœur soudain,   car c’était  la première chanson de mon répertoire à  vingt ans,  avec la guitare sur les terrasses des brasseries et restaurants de la Côte d’Azur !    Pas mal du tout, cette émission "Samedi d'en rire"!   Elle s’améliore de semaine en semaine,  animée par Jean-Luc Lemoine et son équipe de chroniqueurs  –…Comme par hasard – vous voyez, le hasard, il ne nous quitte jamais.  Jean-Luc Lemoine passe à Gainsbourg.  Oui, c’est dingue, je me délecte!  Et je souris dans ma barbe d'une semaine en me disant que peut-être  serai-je un jour le plus vieil espoir de la chanson française. 

 


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